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Université d'été du SeGEC 2026 :
" Le cloud doit rester au service de la craie"

Par Gérald Vanbellingen, Maryève Moreau, Caroline Devreux
Au SeGEC
lundi 21 septembre 2026

Comment garantir des apprentissages de qualité, préserver l'inclusion et former des citoyens critiques et autonomes à l'heure du tout-numérique ? C'est pour réfléchir collectivement à ces questions que le ­SeGEC et l'IFEC ont réuni, le 19 août à l'Aula Magna de Louvain-la-Neuve, chercheurs, directeurs et enseignants, à l'occasion de l’Université d'été 2026 baptisée: « De la craie au cloud, l'école en mutation ».  

Le 19 août dernier, le SeGEC et l'Institut de formation de l’enseignement catholique (IFEC) ont invité chercheurs, directeurs et enseignants à explorer un sujet situé en plein cœur des enjeux éducatifs actuels. Celui des multiples défis du monde de l’éducation dans une société qui tend de plus en plus vers le tout-numérique. 

«Après avoir réfléchi ensemble aux liens à tisser entre le monde éducatif et celui des entreprises des liens que le contexte socio-politique morose ne nous a malheureusement pas suffisamment permis dexplorer au cours de lannée écoulée sintéresser au thème de lIA ou plus largement au numérique sest en quelque sorte imposé. Ces technologies simposent déjà au jour le jour», a expliqué Alexandre Lodez, le secrétaire général du SeGEC, en préambule des conférences matinales.   «Or si la technologie est partout, il est plus quimportant de souligner que cette technologie nest pas neutre et quelle peut, en outre, se tromper. Et, même, dans le cas de lIA, se tromper avec assurance. Une réalité face à laquelle lesprit critique que nous cultivons à l’école prend plus que jamais tout son sens. Si le numérique peut venir soutenir le processus éducatif, il ne pourra jamais le mener. Autrement dit, le cloud doit rester au service de la craie.»

Comment, dans ce contexte, garantir des apprentissages de qualité, préserver l'inclusion et former des citoyens critiques et autonomes ? Deux conférences matinales ont posé les premiers jalons de ces réflexions.

Quelles compétences voulons-nous continuer à transmettre ?

Éric Mangez, professeur de sociologie à UCLouvain, a tout d'abord replacé le numérique dans une perspective historique, en le comparant à deux révolutions majeures : l'écriture (en 3200 av. J.-C.) qui a doté les sociétés d'une mémoire externe et l'imprimerie (en 1450 apr. J.-C.) qui a démocratisé l'accès à cette mémoire. Le numérique selon, Éric Mangez, touche aux mêmes paramètres, mais à une vitesse inédite et avec une dimension nouvelle : la transformation de l'information en données numériques. De quoi permettre le calcul automatisé mais aussi le traitement d’informations à très grande échelle.

Les deux caractéristiques induisent une sorte de fuite en avant de notre société. La volonté d’être toujours à la pointe de l’innovation se heurte en permanence aux craintes liées aux effets indésirables de ces transformations. Dans le monde éducatif, le numérique est envisagé selon deux grandes approches. Une première, dite «solutionniste », qui voit dans le numérique une réponse aux difficultés de l'école. Une seconde, dite «critique», qui met davantage l’accent sur les risques induits par le numérique. De son côté, Éric Mangez plaide pour une voie médiane. Une voie qui consiste à ne pas rejeter les outils numériques, mais à les saisir comme une occasion de repenser le métier d'enseignant. La question centrale en deviendrait alors celle-ci : que voulons-nous déléguer à la machine et quelles compétences voulons-nous continuer à développer chez les apprenants ?

Quelle place voulons-nous donner au numérique dans notre monde ?

Mathieu Guillermin, docteur en physique et en philosophie à l’Université catholique de Lyon, a prolongé cette réflexion en invitant tout un chacun à prendre de la distance par rapport aux «promesses naïves» du numérique. Comme celles qui laissent croire que l'accès massif à l'information suffirait à produire de la connaissance, ou encore que l'intelligence artificielle puisse devenir un véritable producteur de savoir.

Deux illusions derrière lesquelles se cachent ce que le chercheur nomme la « tyrannie du retard » et le «spectre de lobsolescence». Ces deux notions nous pousseraient — comme l’expliquait déjà Éric Mangez lors de la première conférence — à adopter chaque innovation par crainte d'être dépassés.

Face à cette course effrénée vers l’innovation, ­Mathieu ­Guillermin invite à revenir à la notion de développement humain intégral, où l'éducation vise avant tout à former des bonnes personnes, capables de discernement et non viser la seule performance. C'est dans cette perspective qu'il questionne l'illusion d'un apprentissage purement personnalisé et numérisé à outrance. Un algorithme, aussi développé soit-il, n’est fondé que sur une analyse de comportements passés, ce qui le rend incapable de saisir la capacité humaine à changer, évoluer et rompre avec son propre parcours.

Présenter l'IA comme un « tuteur idéal » parce que dépourvue de jugement revient donc, selon lui, à priver l'apprenant d'un regard critique pourtant constructif. Il pointe enfin la confiance excessive accordée aux résultats de la machine, alors que ceux-ci dépendent entièrement des données et des choix humains ayant permis son entraînement. L'IA ne produit pas de connaissance ; elle génère des résultats que l'utilisateur doit interpréter, confronter au réel et valider. La question n'est donc pas tant ce que le numérique peut accomplir à l'école ou dans la société, mais bien la place que nous voulons collectivement lui accorder.

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