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Isabelle Bary :
« Sans histoire, on ne construit pas le futur »

Par Pauline Jans
Livres
lundi 12 octobre 2026

Zebraska n'est pas l'histoire d'Isabelle Bary, mais elle est née de ce qu'elle a vécu : son fils Tim, HPI, et la difficulté de grandir différent. Devenu roman puis bande dessinée chez Dupuis, le récit garde le même cap, celui qu'elle revendique : « toucher les gens par le cœur et non par la raison ».

Isabelle Bary : « Sans histoire, on ne construit pas le futur »

Comment est né Zebraska ?

« Mon fils Tim est HPI, on l'a découvert à ses six ans. Le HPI en soi n'est pas un problème, c'est une rapidité d'esprit, une grande curiosité. Mais en grandissant, le décalage avec les autres s'approfondit, et la différence, elle, reste un problème. Je n'avais pas envie de raconter notre histoire, c'est notre intimité, mais d'utiliser ce qu'on a vécu, nos émotions, pour les mettre au service d'une histoire que d'autres pourraient comprendre de l'intérieur. C'est ce que j'aime dans la fiction : on ne va pas chercher les gens par la raison, comme un traité scientifique, on les touche par le cœur. »

Pourquoi avoir transformé le roman en BD ?

« Ce sont des parents et des professeurs qui me le demandaient : un roman de 300 pages, à 10 ou 15 ans, c'est compliqué, non pas parce qu'ils ne sont pas capables, mais parce qu'ils n'ont plus envie de lire. Une BD, ça pouvait être à la fois une fenêtre pour les parents et un miroir pour les enfants. J'ai travaillé avec un coscénariste, le dessinateur Ludo Borecki et mon éditrice. Je voulais que ça reste une vraie histoire dans laquelle les jeunes se plongent, pas une histoire pédagogique. D'où les carnets pédagogiques ajoutés à la fin, pour que profs et parents aient de la matière à discuter sans devoir chercher eux-mêmes. »

Les deux tomes n'abordent pas tout à fait les mêmes thèmes.

« Le tome 1 pose les personnages et l'acceptation de la différence. Le tome 2 plonge dans l'intrigue : un monde 2055 utopique, vert, inclusif, où Marty vit très bien son HPI, mais où l'on a tellement honte du passé qu'on ne raconte plus les histoires, donc qu'on ne lit plus. On ne parle plus d'Histoire avec un grand H, mais on ne parle plus d'histoires avec un petit h non plus. Un monde sans mémoire, cela reste dangereux : sans histoire, on ne construit pas le futur. »

Quel regard portez-vous sur le rapport des jeunes à la lecture ?

« Les professeurs me le disent : après vingt minutes, ils perdent leur classe. Ce n'est pas qu'ils n'ont plus envie de faire d'efforts, c'est que leur cerveau est conditionné, depuis des années, à ne plus en faire. Mais un appauvrissement du langage, c'est un appauvrissement de la pensée, donc de l'esprit critique. La BD, pour moi, c'est la kiné de la lecture : une lecture béquille, une lecture tremplin. On ne peut pas demander à quelqu'un qui a été plâtré six mois de courir un marathon. »

Le livre porte quand même un message d'espoir ?

« Oui. À la fin, c'est Marty qui réécrit le premier livre, c'est lui qui fait la révolution. Le monde leur appartient, à eux de le prendre. C'est ce que je dis aussi aux jeunes dans les écoles : sortez le cul du canapé si vous avez envie de changer le monde. »

Photo portrait d'Isabelle Bary
Isabelle Bary
Écrivaine belge d'expression française

Concours

Isabelle Bary,

Zebraska

180° Éditions, 14,50€.

Isabelle Bary, Borecki, Corbeyran

Zebraska,

Tome 1 — Un garçon pas comme les autres,

Tome 2 — Le secret de la Grande Bascule,

Dupuis, 13,50€.

Pour remporter les deux tomes, rendez-vous jusqu'au 16 novembre sur le site entrees-libres.be.

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