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Aucun enfant
n’est moyen

Par Stéphane Allard
Chroniques
lundi 21 septembre 2026

On me demande parfois : « Quelle est la meilleure école ? ». Ma réponse surprend souvent. La meilleure école n’existe pas. Il existe surtout la meilleure école pour un enfant donné. 

Cette conviction m’est revenue en relisant une réflexion sur ce que certains appellent la tyrannie de la norme.

 Au XIXe siècle, le statisticien Adolphe Quetelet popularise la notion d’« homme moyen ». L’idée est féconde. Elle permet de mieux comprendre les populations, d’organiser des politiques publiques, de produire à grande échelle, de faire progresser la médecine, l’industrie, l’administration. 

La moyenne est utile. Mais elle devient dangereuse lorsqu’on oublie qu’elle n’existe presque jamais sous forme d’individu réel. 

Une anecdote célèbre le montre bien. Pendant longtemps, des cockpits d’avions de chasse américains ont été conçus autour du pilote « moyen ». On avait mesuré les corps. Calculé les moyennes. Organisé l’espace en conséquence. Mais les accidents et les difficultés persistaient. Le problème n’était pas que la moyenne avait été mal calculée. 

Le problème était plus profond : presque aucun pilote réel n’était moyen dans toutes ses dimensions à la fois. Un bras un peu plus court. Des jambes un peu plus longues. 

Un buste différent. Quelques centimètres suffisaient à rendre une commande moins accessible, un geste moins rapide, une réaction moins sûre. 

La solution n’a pas consisté à inventer une moyenne plus parfaite. Elle a consisté à rendre le cockpit réglable. Autrement dit, à adapter l’outil à la personne. 

L’enseignement est confronté au même défi. Nous avons besoin de programmes, de référentiels, d’évaluations, de cadres communs. Sans cela, un système éducatif devient illisible. 

Mais si tout devient uniforme, que reste-t-il de la diversité réelle des jeunes ? Tous n’apprennent pas de la même manière. Certains comprennent en lisant. D’autres en manipulant. Certains ont besoin de silence. D’autres ont besoin de mouvement. Certains s’épanouissent dans l’abstraction. D’autres révèlent leur intelligence dans la technique, l’art, le soin, l’organisation, la relation ou le concret. 

Ce n’est pas une faiblesse du système. C’est une réalité humaine. Et c’est pour cette raison que je crois profondément à la diversité des écoles. 

L’enseignement libre permet à des établissements de développer un projet éducatif propre, une manière particulière d’accueillir, d’enseigner, d’accompagner et de faire grandir. 

Les écoles congréganistes en sont un exemple précieux lorsqu’elles restent fidèles à leur intuition fondatrice. Elles ne sont pas nées d’une stratégie de marché. Elles sont nées de fondateurs qui ont regardé des jeunes bien réels et se sont demandé : 

« De quoi ont-ils besoin pour grandir ? » Chez Don Bosco, cette intuition était simple et exigeante : éduquer par la présence, la confiance, la relation et l’action. J’y ai passé une grande partie de ma vie professionnelle. J’y ai vu des jeunes reprendre confiance. J’y ai vu des élèves que l’on disait faibles découvrir qu’ils étaient habiles, logiques, créatifs, capables. J’y ai vu des talents apparaître parce que le cadre leur convenait enfin. 

Défendre l’enseignement libre, et notamment l’enseignement libre confessionnel lorsqu’il porte encore un vrai projet éducatif, ce n’est pas défendre un privilège. 

C’est défendre une idée simple : les enfants sont différents. Les écoles peuvent l’être aussi. Une société vraiment libre ne devrait pas seulement garantir une place à chaque enfant. Elle devrait aussi permettre qu’il existe plusieurs manières sérieuses de l’aider à grandir. 

Parce qu’aucun enfant n’est moyen. 


Et parce qu’une école qui convient à tous en général risque parfois de ne convenir à personne en particulier. 

Stéphane Allard
Administrateur à l’Institut Don Bosco (Woluwe-Saint-Pierre)

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