Le numérique imprègne tous les aspects de notre vie. Les jeunes, souvent qualifiés de génération digitale, semblent à l’aise avec les outils numériques. Mais cette familiarité ne garantit pas la maîtrise, de même que l’utilisation ne garantit la compréhension. Dans ce dossier d’Entrées libres, on met l’accent sur l’importance, pour l’école, de sensibiliser les jeunes au numérique, à son utilisation, à ses dangers, mais aussi à ses opportunités. Comme point de départ, on s’est intéressés à l’enquête #Génération2024 menée par Média Animation ASBL et le Conseil Supérieurde l’Éducation aux Médias (CSEM). Une enquête qui avait pour objet : « les jeunes et les pratiques numériques ».
La génération Z, ces jeunes nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, est souvent perçue comme une génération numérique et hyperconnectée. Soit des jeunes presque nés avec un smartphone dans la main et qui ont grandi au milieu de réseaux sociaux et d’applications de plus en plus omniprésents. Et dont
on a l’impression qu’ils les maîtrisent sur le bout des doigts, de manière presque innée. Mais cette image est-elle réellement fondée ou tient-elle plus d’un mythe, construit à partir des propres projections des générations antérieures ? Car si les jeunes semblent bien souvent plus à l’aise avec la technologie que leurs parents ou grands-parents, derrière cette aisance apparente se cachent également de nombreuses lacunes, comme de grosses difficultés à maîtriser – ou à simplement utiliser – des logiciels bureautiques de base comme Word ou Excel.
Il en va de même pour l’utilisation des réseaux sociaux. Si beaucoup savent créer des posts attrayants en deux temps trois mouvements, combien savent comment les algorithmes influencent ce qu’ils voient et partagent ? Afin de mieux comprendre les liens entre les jeunes et le numérique, nous nous sommes penchés sur l'enquête #Génération2024, menée par Média Animation et le Conseil Supérieur de l'Éducation aux Médias (CSEM).
Cette étude s'intéresse aux usages numériques des jeunes, avec pour objectif d'observer leurs pratiques et d'en dégager quelques tendances chiffrées et objectives, sans porter de jugement de valeur. Voici un aperçu des principaux enseignements.
Le GSM au cœur des usages numériques des jeunes
Comme l’avait déjà mis en évidence l’enquête #Génération2020, le téléphone est au cœur des usages numériques des jeunes. Toujours à la première place pour les ados, il devient désormais le 2e appareil le plus utilisé chez les enfants, juste derrière la télévision. « La nette différence qu’on constate, c’est que désormais les jeunes ont souvent accès à un smartphone dès la 5e primaire, contre la 1re secondaire auparavant », explique Anne-Claire Orban de Xivry, directrice de Média Animation ASBL. « Toutefois, les primaires n’ont accès à internet que dans 38% des cas, contre 82% en 1re secondaire. L’idée que les enfants n’aient pas accès aux réseaux sociaux avant les secondaires est donc encore bien ancrée. »
YouTube et TikTok font toutefois office d’exception en la matière puisque 81% et 27% des enfants âgés de 6 à 10 ans y ont accès.
« La raison principale de l’arrivée plus précoce des smartphones vient principalement des parents. Ils ont ce souci sécuritaire, de savoir où se trouvent leurs enfants, s’ils vont bien, etc. », ajoute Anne-Claire Orban de Xivry. « De notre côté, ce résultat souligne surtout l’importance de sensibiliser les jeunes de plus en plus tôt au numérique et à
leurs dangers. »
Les dangers du numérique abordés à l’école
En termes de sensibilisation aux dangers du numérique, il ressort de l’enquête #Génération2024 que si dans la sphère familiale, des règles sont bien souvent mises en place – et acceptées - ces dernières s’envisagent surtout en termes limites d’utilisation (1 heure maximum par jour, seulement le mercredi, etc.).
Le dialogue quant aux risques liés à cette utilisation sont cependant beaucoup plus variables en fonction de l’âge, du milieu social ou du genre. « Le numérique semble bien plus abordé sous l’angle des dangers, ce qui est positif », continue Anne-Claire Orban de Xivry. « Car cela permet aux jeunes comme aux ados d’aborder les thématiques comme le harcèlement en ligne, la cybersécurité, la vie privée en ligne, etc. Cependant, on voit qu’il y a encore des progrès à faire en tenant compte des intérêts des jeunes. La thématique des jeux vidéo ou des influenceurs est, par exemple, très peu abordée à l’école ou en famille alors que c’est la première pratique numérique des ados et parmi les premières chez les enfants. On voit donc qu’il y a un réel enjeu pour l’école (et la famille) à combler ce décalage entre les pratiques réelles des enfants/ados et les accompagnements mis en place. »
Le paradoxe de l’accès aux informations
Parmi les pratiques numériques les plus répandues des élèves âgésde 14 à 18 ans, figure notamment la volonté de s’informer sur l’actualité. Si celles-ci sont disponibles partout via les médias traditionnels, la télévision, les réseaux sociaux, les applications et autres, le mode de consommation des informations par les jeunes révèle un paradoxe.
Car si 78% des ados identifient les réseaux sociaux comme des sources ca pables de véhiculer des fake news, ce sont via ces mêmes réseaux sociaux qu’ils s’informent le plus largement. Les jeunes ont conscience que les médias traditionnels sont plus fiables mais ne s’y rendent plus car ils ne les jugent pas attrayants.
« Cette prise de conscience par rapport aux fausses informations que
véhiculent les réseaux sociaux est positive. Mais on voit également qu’ils acceptent de consulter des sources potentiellement fausses et ça c’est interpellant. Même si ce comportement touche toute la société en général. »
Si nous n’avons fait que survoler quelques-unes des nombreuses tendances observées par l’enquête #Génération2024, cette dernière met notamment en évidence l’importance d’un accompagnement numérique dans les écoles afin de mieux préparer leurs élèves aux réalités dumonde de plus en plus digitalisé.
titre à revoir
Point très intéressant de l’enquête #Génération2024, la perception des jeunes sur leurs propres compétences numériques. 56% des ados estiment ainsi « pouvoir être capables de faire tout ce qu’ils veulent avec leurs appareils ».
Et quand on leur demande de se comparer à leurs parents, les résultats sont nets : 69% s'estiment nettement plus compétents que leurs aînés.
Une auto-perception très positive des jeunes qui soulève toutefoisquelques questions. Cette vision de leurs propres compétences est-elle justifiée ? Et puis, comment dans cette optique, faire accepter àces jeunes d’être sensibilisés aux dangers, risques et opportunités desoutils numériques par des aînés (leurs profs ou leurs parents) qu’ils perçoivent comme moins compétents ?
Parcours E-référent : pour soutenir des pratiques pédagogiques numériques de qualité
S’il est important de sensibiliser les jeunes aux outils numériques, il est tout aussi important que cette sensibilisation soit réalisée par des enseignants qui sont à l’aise avec ces mêmes outils. Dans le secondaire, depuis 2019, un parcours de formation « E-référent » est proposé par l'Institut de formation de l'enseignement catholique (IFEC). Chaque année, plus d’une centaine d’inscrits bénéficient de formations préparées par Evelyne De Commer (à l’origine du projet), responsable de la Cellule pédagogique (secondaire) à l’IFEC, Loïc Sartieaux et Mélissa Johnen, formateurs technopédagogiques.
« Le projet E-référent est né d’un voyage d’étude Erasmus+ interne au SeGEC et baptisé : "Des pratiques aux PracTICEs pédagogiques efficaces". Un projet mené avec des écoles ainsi que cinq de ce qui était encore des Fédérations de l’Enseignement du SeGEC (les ancêtres des Directions actuelles, NDLR). Un projet pour lequel on s’est rendus en Slovénie, en Tchéquie et en Norvège », se souvient Evelyne De Commer. « Et j’étais dans l’un de ces voyages quand l’idée d’E-référent m’est venue car il m’est apparu qu’il manquait un acteur clé au sein des écoles en général. Quelqu’un qui s’intéresse au numérique pédagogique, qui connaît les équipes pédagogiques au sein des écoles et qui pourrait donc être un soutien à la mise en place de pratiques pédagogiques numériques de qualité. Avant de se lancer, on a alors mis en place un focus group avec des CSA, des enseignants et des directions. L’idée était d’élaborer un parcours de formation qui soit au plus proche des besoins du terrain, avec des thématiques basées sur les axes prioritaires de la formation secondaire. »
Exploiter les opportunités pédagogiques numériques
Nous voilà en novembre 2019. L’idée de base du parcours « E-référent » était née : « promouvoir et soutenir des pratiques pédagogiques numériques de qualité dans nos écoles grâce à un nouvel acteur interne aux écoles, les "E-référents". »
Depuis, si le parcours de formation « E-référent » s’est continuellement mis à jour en termes de contenus, son organisation générale est restée assez similaire. « Le parcours s’étale sur deux années », précise Loïc Sartieaux. « Pendant la première année, on se concentre surtout sur l’aspect pédagogie numérique au cours de cinq jours de formation. Avec de la découverte et de la manipulation d’outils numériques, toujours dans l’optique, non pas de maîtriser un outil, mais de savoir en quoi il peut être intéressant d’un point de vue pédagogique. La seconde année est, elle, dédiée à l’approfondissement de thématiques au choix au cours de minimum quatre journées de formation. »
Parmi ces thématiques, on retrouvait cette année, par exemple, la robotique, l’évaluation, l’IA, les aménagements raisonnables, la gamification, le podcast pédagogique ou encore la différenciation.
« Pour la différenciation, par exemple, les participants à la formation peuvent découvrir comment différencier à l’aide du numérique avec des ateliers pratiques autour de Genially ou de Typebot », conclut Loïc Sartieaux. « L’idée est de mettre la main dans le cambouis pour créer des séquences de cours. Avec cette idée de les construire, de les tester et de les amener à réfléchir sur le "comment je peux transférer ça à mes collègues en tant qu’E-référent." »
Intéressé(e) par les pratiques technopédagogiques et l'accompagnement aux collègues ? Le parcours " E-référent " pourrait vous intéresser ! Plus d'infos.
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