Toutes les infos pour la commande du livre et le téléchargement du dossier pédagogique : le.segec.be/FoienlaVie-dossier
6 avril 1994. L’avion qui transporte le président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, est abattu au-dessus de la capitale Kigali. L’événement déclenche la fureur, l’indicible, l’innommable. Les tensions ethniques couvant depuis longtemps s’enflamment, le génocide des Tutsis démarre. Au milieu du chaos, Pacifique Kayihura a 13 ans à l’époque. Il va vivre l’horreur et voir ce que les yeux d’un enfant ne devraient jamais voir. Survivant de ces massacres, il va se battre pour se reconstruire. Un témoignage poignant qu'il raconte dans son livre Foi en la Vie – Malgré tout ; prolongé par un dossier pédagogique à aborder dans nos écoles.
Dans son récit de vie, l'auteur aborde, les semaines d’angoisse et d’horreur du printemps 1994 mais il va bien au-delà. Il raconte l’enchainement des faits qui lui ont permis de rester en vie mais aussi l’après. Comment se (re)construire après avoir vécu la violence extrême, la perte de sa mère, de sa sœur ? Comment avoir encore foi en l’Homme ? Pour Entrées libres, Pacifique Kayihura revient sur son parcours.
Quel élément déclencheur vous a poussé à écrire cette histoire ?
Pacifique Kayihura : « Quand je repensais à ce que j’avais traversé, je me disais : " Comment un être humain peut aller jusqu’à ce niveau d’horreur ? " Malgré tout ce que j’ai vécu,
je me suis rappelé qu’il y a eu des actes de bonté, de chaque côté. Si ces actes avaient été multipliés peut-être qu’on aurait pu éviter cela. C’est ça que j’ai voulu raconter. »
Les faits sont relatés avec une grande précision plus de 30 ans après. Vous replonger dans cette période a dû être difficile à vivre ?
PK : « Oui. Une histoire comme celle du génocide est ancrée en nous, qu’on le veuille ou non. Je me rappelle tous les détails. Lorsque j'étais à l'école secondaire, j'ai commencé à écrire sur des papiers et dans des cahiers. J’ai tout gardé car je me disais que si je devais partager cette histoire à un moment, ce serait un devoir de mémoire. Non seulement pour ne pas oublier, mais également pour partager avec le monde pour qu'on sache ce qui s'est vraiment passé au Rwanda. »
Au-delà du récit des faits, vous racontez comment vous vous en êtes sorti après les événements : survivre puis peu à peu revivre.
PK : « J'ai vécu l'innommable. J'ai vu ce que les yeux d'un enfant ne devraient pas voir et cela m'a beaucoup marqué. J'ai perdu des êtres qui m'étaient très chers et dans des circonstances qu'on ne peut pas décrire. J’ai vu le sang partout et la mort de beaucoup de personnes.Après le génocide, j'ai été marqué par des moments de peur, d'inquiétude, de questionnement, de douleur. J'ai traversé des moments très difficiles et à chaque fois, j'ai pensé à la manière dont ces personnes ont été tuées. Ces images revenaient tout le temps et ça ne faisait que me faire mal, donc ça me détruisait encore davantage. J'ai été élevé, je pense à ce qui est positif. J'ai été élevé dans une famille chrétienne qui croyait en Dieu, cela m'a aidé. Petit à petit, ma façon de penser a changé. Comme le disait Martin Gray, "nos pensées sont comme un germe. Elles peuvent être un germe de vie ou de mort". »
Vous mentionnez à de très nombreuses reprises l’héritage reçu de votre mère.
PK : « Lorsque j'ai changé ma façon de penser, je pensais à la manière dont elle a été tuée, à la manière dont ma mère a vécu, ce qu'elle faisait, les gestes qui la caractérisaient, les actions qu'elle menait tous les jours. Tout cela m’a amené à penser à la vie plus qu'à la mort. C'est le début de ma transformation. »
Vous parlez beaucoup de la manière dont votre mère a vécu ses derniers instants, dans le pardon envers ses bourreaux.
PK : « En pensant à ma mère, j'ai aussi commencé à réfléchir à des gestes caractérisant certaines personnes qui ont choisi de ne pas s'associer au mal et qui ont commencé à aider les autres, à cacher des victimes et à donner à manger. Toutes ces histoires ont contribué à ce que je peux appeler un relèvement et je me suis dit, "je peux croire en la vie, je peux croire en l'humanité et j'ai un message à partager". Voilà comment ça a commencé, mais c'est un processus qui a pris beaucoup de temps. »
C’est le message que vous voulez faire passer ?
PK : « Je veux d'abord dire qu'il est possible de lutter contre le mal, chacun à notre niveau. Parfois, on se dit que cela doit commencer par les autorités, par les gouvernements ou autres. Mais les actes que nous posons individuellement peuvent apparaître comme des petites lumières qui se rassemblent pour avoir un effet cumulatif. Le mot qui revient toujours, c'est : "possible". C'est possible, quelles que soient les situations que l'on traverse dans la vie. On peut toujours se relever et avancer. C'est un message que je veux partager avec les jeunes, qui, parfois, grandissent aujourd'hui dans un monde où il y a beaucoup de crimes, beaucoup de guerres. C'est leur dire de faire le bon choix et de croire en la vie pour avancer. »
Un dossier pédagogique pour aller plus loin
Pour accompagner le livre, un dossier pédagogique a été réalisé, sous la houlette d’Étienne Michel en collaboration avec la Direction de l’enseignement secondaire du SeGEC.
« Jean-Paul Niyigena, le coordinateur du pacte scolaire africain m’a parlé de Pacifique Kayihura et de son livre. Nous avons œuvré à son édition. La Fédération Wallonie-Bruxelles a accepté de subventionner l’édition. Il sera mis à la disposition des enseignants de manière gratuite. »
Comme condition à ce subventionnement, il y avait la rédaction d’un dossier pédagogique à destination des 15-18 ans.
« Un livre comme celui-ci ne doit pas être seulement lu de manière individuelle. Il peut être un support de travail collectif et peut aider les élèves à comprendre non seulement ce qui s'est passé au Rwanda, mais aussi ce que signifie des notions fondamentales comme la mémoire, la responsabilité, la citoyenneté, le pardon, la justice, la résilience, la foi aussi », ajoute Étienne Michel.
Plusieurs cours peuvent être le lieu d’échange autour du livre. Des pistes sont exploitables en français, en histoire, en religion ou dans les cours qui abordent le fait religieux. Le parcours d’éducation culturelle et artistique (PECA) et l’éducation à la philosophie et à la citoyenneté sont également concernés.
Ce dossier pédagogique a été créé grâce à l’apport des responsables de secteur de ces matières, issus de la Direction de l’enseignement secondaire du SeGEC. Il est accessible pour tous les jeunes élèves de FWB, tous réseaux confondus.
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