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« Tous sur le même bateau » :
Pierre Scieur face aux défis du tronc commun

Par Pauline Jans
Une fonction, un visage !

C’est en 2021 que Pierre Scieur pousse les portes du SeGEC en tant que coordonnateur de la Cellule de soutien et d’accompagnement (CSA) pour la Direction de l’enseignement secondaire. Avec son équipe de 105 conseillers, il accompagne 33 000 enseignants au jour le jour, notamment dans la mise en œuvre du Pacte pour un Enseignement d'excellence. Alors que le tronc commun est menacé et que la CSA va subir des coupes budgétaires, il garde le cap. Portrait d’un homme de terrain qui refuse de dire non.

Un parcours au service de la jeunesse

Le parcours de Pierre Scieur ressemble à un fil rouge tissé d’engagement au service des autres. «Jai eu la chance de savoir assez vite ce que je voulais faire», raconte-t-il. Il sait qu’il veut devenir professeur de français. «Javais eu un professeur très interpellant, qui nous bousculait pas mal.» Cette rencontre le met tout de suite sur le chemin de la littérature et de l’analyse de texte.

C’est à La Louvière que Pierre, muni de son diplôme d’études romanes, commence sa carrière d’enseignant. Alors qu’il n’a jamais mis les pieds dans cette ville, le directeur lui donne sa chance «parce que j’étais scout», confie-t-il avec un sourire. Ce mouvement de jeunesse, dans lequel il est déjà bien impliqué, le mène d’ailleurs à quitter temporairement l’enseignement.

Durant onze ans, il travaille pour Les Scouts (anciennement Fédération des Scouts catholiques) dont il prend la présidence pendant six ans. En 2007, le mouvement connaît son point d’orgue: un rassemblement de 100000 scouts à Bruxelles pour célébrer le centenaire du scoutisme, «le plus grand rassemblement scout jamais organisé dans le monde», assure-t-il.

À la fin de son mandat, il retourne dans l’enseignement en tant que directeur adjoint, puis directeur dans un établissement secondaire à Manage, poste qu’il occupe pendant neuf ans. «Jadore le métier de directeur», confie-t-il. «Cest un peu comme être bourgmestre dun village. Il faut aussi bien veiller à ce qu'il y ait du chauffage qu'accueillir de nouveaux enseignants ou aider à régler des conflits.» C’est en tant que directeur qu’il découvre le travail accompli par la CSA. L’école est «un peu en crise», raconte Pierre Scieur. Grâce au soutien du réseau et à ses équipes, il parvient à la redresser. Cette expérience forge en lui une conviction profonde : l’accompagnement change véritablement les choses.

Accompagner plutôt que former

En 2021, Pierre Scieur décide de «rendre la pareille» aux équipes de la CSA qui l’avaient soutenu lorsqu’il était directeur. Il répond à un appel à candidature pour coordonner la Cellule de soutien et d’accompagnement pour la Direction de l’enseignement secondaire du SeGEC. «Pour moi, c’était se remettre en danger, sortir de la routine. Jai été candidat pour coordonner un service dont je n’étais pas membre», explique-t-il. Pour asseoir sa légitimité dans ce nouveau rôle, il entreprend un master en accompagnement. «Cette formation ma donné une assise théorique, moi qui suis plutôt un homme de terrain.»

Dès son arrivée, Pierre imprime sa volonté de rendre le service le plus équitable possible. «Nous ne pouvons pas fonctionner en mode premier arrivé, premier servi avec 335 établissements et 33000 enseignants», souligne-t-il. Avec son équipe, il rend la CSA plus propositionnelle : «Nous avons pris un nouveau tournant. En plus de répondre aux nombreuses demandes, nous soumettons des propositions concrètes aux écoles, comme les ateliers du tronc commun.»

C’est là que réside la spécificité de l’accompagnement par rapport à la formation. «Le principe de laccompagnement, cest vraiment de partir des questions des personnes et de leurs besoins. Nous n’arrivons pas avec un contenu contractualisé à l’avance. Ce sont les équipes éducatives qui amènent le matériau», insiste Pierre. C’est une approche qui nécessite délicatesse et respect. «Il sagit du fruit du travail de personnes, elles y tiennent. Nous ne sommes pas là pour donner des leçons. Les professeurs ont une grande expertise du terrain et il faut en tenir compte», rappelle-t-il.

Pour Pierre et son équipe, il est essentiel de mieux communiquer sur les missions de la CSA. Au travers différents canaux de communication, ils tentent de faire comprendre à tous ce qu’est vraiment l’accompagnement et comment il peut soutenir concrètement le travail des équipes éducatives.

Les ateliers du tronc commun : « du jamais vu »

Face à l’ampleur de la réforme du tronc commun qui concerne 10 000 enseignants rien que pour les premières et deuxièmes années, la CSA a dû innover. «Nous nous demandions comment nous allions faire. Si nous attendions les demandes, nous aurions été très vite débordés», raconte le coordonnateur. Pour anticiper le problème, la CSA se lance dans l’organisation d’ateliers à l’échelle des centres d’enseignement secondaire (CES). En 2025, la CSA a rencontré 7 500 enseignants. De janvier à mai 2026, ce sont près de 10 000 enseignants qui seront formés aux nouveaux programmes.

«Cest du jamais vu!», confirme Pierre Scieur. «Nous dispensons deux à trois ateliers par semaine pendant quatre mois. Les kilomètres tournent sur les compteurs.» Ces journées permettent aux enseignants de fabriquer des séquences de cours. En effet, pour le coordonnateur, la participation est essentielle. «Il ny a pas de changement sil ny a pas de participation. Nous ne pouvons pas juste informer. Si nous ne sommes pas acteurs du changement, celui-ci ne prendra jamais vraiment vie. »

Ces ateliers commencent toujours par une écoute des préoccupations des enseignants avant de travailler de façon concrète sur les nouveaux référentiels. Il faut trouver l’équilibre entre reconnaissance des inquiétudes et mise en mouvement productive. Le coordonnateur profite de ces rencontres pour, avant tout, «créer du lien entre toutes les composantes du réseau». La cohésion est une mission qui lui tient particulièrement à cœur: « Tous sur le même bateau, c'est notre idée. Nous essayons de faire en sorte que nos écoles tiennent le coup. »

Garder le cap malgré les incertitudes

C’est un défi de taille: comment maintenir la motivation des équipes lorsque le gouvernement en place annonce déjà des modifications à une réforme qui n’est pas encore entrée en vigueur ?

«Dabord nous écoutons. Nous faisons preuve dempathie par rapport au poids des incertitudes», répond le coordonnateur. «Certains professeurs ont lestomac noué lors de nos présentations.» Pierre Scieur rappelle le sens du projet. «Le tronc commun, cest une réforme ambitieuse qui tente de proposer des solutions par rapport aux grandes difficultés de l’école: échec, redoublement, décrochage et grande iniquité.»

Les inflexions annoncées, notamment l'introduction de huit heures de cours au choix en troisième année, l'inquiètent. « Nous pouvons craindre une préorientation. Le projet du tronc commun, c'est de rassembler pour séparer plus tard.»

«Le réseau libre va utiliser sa liberté pour faire le mieux possible avec le nouveau cadre», lance-t-il. Pour illustrer ce propos, Pierre propose l’exemple des conseils de classe. «Notre réseau a une grande force: des conseils de classe durant lesquels nous prenons le temps de parler de tous les élèves et pas uniquement de ceux qui ont des difficultés.»

Menacés mais déterminés

L’équipe de la CSA rencontre une menace encore plus concrète : la réduction annoncée des moyens des fédérations de Pouvoirs organisateurs. «Cest incompréhensible pour nous. On nous dit que les réformes entrent en rythme de croisière et donc qu’on a moins besoin de la CSA. Mais le tronc commun n’est pas du tout en rythme de croisière. Il est seulement en train de se préparer avec une série d’incertitudes, tant pour les directions que pour les enseignants.»

Cette perspective pèse sur les équipes. «La pilule est compliquée à avaler. On nous dit que le travail réalisé est apprécié mais aussi que nous ne sommes quune ligne dans un tableau budgétaire.» Pierre Scieur rappelle que «moins de conseillers signifie moins daccompagnement. Cet accompagnement ne se fait pas au travers dun écran mais en allant à la rencontre du terrain.»

Une baguette magique au service de la reconnaissance

Si Pierre Scieur avait une baguette magique, que changerait-il? « Ce serait une baguette qu'on devrait agiter un peu partout et qui contiendrait des ondes positives pour que les personnes soient plus sereines et reconnues pour ce qu’elles sont : des professionnels engagés dans l'enseignement. » Pour lui, la reconnaissance est essentielle : « Nos profs et nos éducateurs ont besoin que nous leur disions “merci”. Nous abordons mieux le changement quand nous avons confiance en nous et dans les équipes. »

Il poursuit sa réflexion avec une belle métaphore : «L’école, cest un peu comme l’équipe de foot: tout le monde a son avis. Cest compréhensible, car tout le monde est allé à l’école. Pourtant, derrière, il y a des professionnels qui travaillent dur. » Il craint «que le climat actuel n’éloigne de futurs collègues de cette belle profession.»

Malgré les turbulences, Pierre Scieur garde le cap, porté par une conviction inébranlable : «Le cap, cest toujours le même. Nous pensons aux élèves, à la construction de leur avenir dans un monde complexe et inquiétant. Nous souhaitons quils trouvent de lespoir au sein de nos écoles. Ils sont dotés de plein de talents.» Cette foi dans l’école comme une chance pour tous anime chaque jour son travail et celui de son équipe. Elle continue de mobiliser, au-delà des incertitudes budgétaires et politiques, près de 10 000 enseignants en ce début d'année 2026.

Vous voulez tout savoir sur les missions, le rôle et le quotidien
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Écoutez le podcast du SeGEC, L’Heure de fourche.

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