Beaucoup de vérités et contre-vérités circulent dans les médias à propos de l’enseignement. Si certaines affirmations sont sans fondement, d’autres s’appuient sur des études solides. TALIS 2024 est l’une d’elles. Toutefois, les résultats d’une enquête, aussi sérieuse soit-elle, doivent être interprétés avec prudence, dans le respect de son cadre méthodologique et de ses limites. À cet égard, le recours aux résultats de l’étude TALIS 2024 pour justifier l’ajout de deux heures supplémentaires au degré secondaire supérieur pose question, dans la mesure où ce degré ne relève pas du champ couvert par l’enquête.
TALIS (Teaching And Learning International Survey) est une étude internationale, organisée tous les six ans par l’OCDE. Elle donne la parole aux enseignants et directions afin d’appréhender leurs pratiques professionnelles, leur environnement de travail et leur vécu. Elle permet de récolter des données représentatives sur les métiers d’enseignant et de directeur : caractéristiques démographiques (âge, genre), caractéristiques des établissements (taille, localisation), temps de travail, formation professionnelle, types de contrat, pratiques professionnelles et pédagogiques, climat scolaire, bien-être, satisfaction professionnelle, intentions de carrière, etc.
À chaque cycle, TALIS introduit de nouvelles questions afin de refléter des enjeux contemporains. En 2024, TALIS a entre autres interrogé les enseignants sur la manière dont ils s’adaptent à des populations d’élèves de plus en plus diversifiées, sur l’usage du numérique et de l’intelligence artificielle, sur leur réponse aux besoins sociaux et émotionnels des élèves, ainsi que sur leurs pratiques et attitudes liées à la durabilité environnementale.
Le cœur de l'enquête TALIS est le premier degré du secondaire. En 2024, cinquante-quatre systèmes éducatifs ont participé – et non cinquante-quatre pays, puisqu’en Belgique, les deux Communautés sont considérées séparément. L’enquête offre la possibilité d’élargir l’étude aux autres niveaux de l’enseignement obligatoire. La FWB participe à l'enquête TALIS depuis 2018 pour le premier degré du secondaire et a opté depuis 2024, avec quinze autres systèmes scolaires, pour la collecte de données au niveau du primaire également.
Grâce au nombre élevé de participants au niveau secondaire inférieur, les comparaisons avec la moyenne de l’OCDE sont significatives. Au primaire, la participation étant moindre, il est préférable de comparer les résultats avec des systèmes éducatifs culturellement proches : la Communauté flamande, la France, l’Espagne et les Pays-Bas. L’enquête permet également, le cas échéant, de mesurer des évolutions dans le temps. Cette dimension sera particulièrement utile au secondaire inférieur, où les cycles 2018 et 2024 constitueront une base intéressante pour observer les changements antérieurs et postérieurs à l’implémentation du tronc commun au premier degré. Au primaire, le tronc commun avait démarré en P4 au moment de la première collecte de données.
Pour la FWB, l’échantillon 2024 est constitué de 150 écoles secondaires et 200 écoles primaires (±10 % des établissements). Dans chaque école, 20 à 30 enseignants ont été tirés au sort afin de répondre à un questionnaire en ligne. Au total, près de 5 400 enseignants et 350 directeurs ont participé.
L’enquête TALIS est soumise à des standards de qualité très élevés, mais l’interprétation des données et de leur contexte exige de la rigueur. Il faut garder à l’esprit que les résultats ne sont, d’une part, représentatifs que des deux niveaux explorés et non de l’ensemble des enseignants en FWB et que, d’autre part, les données sont auto-rapportées et reflètent donc les opinions, perceptions et convictions des acteurs interrogés. Le contexte dans lequel s’est déroulée la dernière enquête est, par ailleurs, marqué par de profondes transformations : effets durables de la pandémie, migrations liées aux conflits armés ou aux dérèglements climatiques, accélération du développement du numérique – dont l’essor fulgurant de l’IA – et mise en œuvre progressive du Pacte pour un Enseignement d’excellence.
En définitive, cette étude constitue une véritable mine d’informations et offre un éclairage précieux pour nourrir les décisions politiques. Il convient toutefois de ne pas perdre de vue qu’elle ne représente qu’une facette de la réalité. Les études scientifiques sont des outils de questionnement, de réflexion et de recommandation, et non des arguments d’autorité : la recherche éclaire, elle n’impose pas.
Des classes de tailles raisonnables, mais très diversifiées
En comparant la FWB aux autres pays, deux constats importants – et opposés dans leurs impacts sur le travail en classe – émergent : d’une part, la taille moyenne des classes en FWB, d’environ 20 élèves, figure parmi les plus favorables de l’enquête ; d’autre part, directions et enseignants décrivent une très forte hétérogénéité perçue des classes*, bien supérieure à la moyenne de l’OCDE. Si le premier constat constitue un élément favorable pour le travail de l’enseignant, le second renforce considérablement les exigences auxquelles ils doivent faire face.
L’accroissement de l’hétérogénéité ressentie entre l’enseignement primaire et secondaire mérite aussi d’être souligné. Les faibles résultats scolaires et les problèmes de comportement sont les principaux facteurs qui creusent cet écart. À l’inverse, la proportion d’élèves ayant des besoins spécifiques apparait plus importante en primaire. L’enquête met également en évidence une baisse du sentiment d’efficacité personnelle en lien avec la gestion multiculturelle.
Ces éléments confirment que, malgré un contexte structurel relativement favorable en termes de taille des groupes, la complexification des profils d’élèves constitue aujourd’hui un facteur déterminant qui reconfigure les conditions d’enseignement.
* La composition des classes est estimée au travers du pourcentage d’enseignants qui déclarent que leur classe de référence comprend plus de 30 % d’élèves présentant certaines caractéristiques telles que de faibles performances scolaires, un milieu socio-économique défavorisé, une origine liée à l’immigration, des besoins spécifiques d’apprentissage, des difficultés à comprendre la langue d’enseignement ou encore des problèmes de comportement.
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