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De passion à service rendu à toute une école :
la mission multiple d’un référent numérique

Par Gérald Vanbellingen
Confidences

Titulaire en 5e primaire à l’École Saint-Augustin de Forest, Martin Goubau est aussi référent numérique depuis une bonne dizaine d’années. Entre gestion du réseau wifi, création d’applications sur mesure et éveil aux médias, il jongle au quotidien entre sa classe et les besoins de toute une école. Portrait d’un passionné qui a transformé son intérêt pour le numérique durant ses heures de loisir en un service collectif.

Carrière

Le jour où je suis devenu enseignant:

« À la fin de mes secondaires, j’hésitais entre devenir policier ou enseignant. J’ai même passé tous les tests pour entrer à la police. Mais lors du dernier entretien, on m’a dit que j’étais “trop gentil”, que je ne mettais pas assez en avant le côté répréhensif du métier. Sur le moment, cela m’a déstabilisé. Mais avec le recul, c’était sans doute la meilleure chose qui pouvait m’arriver. En effet, depuis l’enfance, j’étais engagé dans les mouvements de jeunesse. J’ai été animateur pendant des années auprès d’enfants et de préadolescents. J’aimais cette énergie, cette relation éducative. L’enseignement s’est imposé comme une évidence. J’ai alors enseigné sept ans à Notre-Dame de la Consolation à Uccle avant d’arriver à Saint-Augustin, où je suis désormais nommé. Ce qui fait que j’enseigne depuis 16 ans environ.»

Le jour où je suis devenu référent numérique

 « Le numérique a toujours été une passion pour moi. J’adore tester des outils, comprendre comment ils fonctionnent, essuyer des revers, recommencer quand ça ne marche pas, etc… C’est vraiment quelque chose que j’aime profondément. Avant d’avoir le titre de référent numérique, j’ai installé le wifi, configuré les antennes, repensé le réseau. Au départ, ce n’était pas une mission officielle, mais plutôt une aide spontanée. Le statut "formel" de référent numérique, je l’ai depuis deux ou trois ans. Au début, j’avais quatre heures détachées pour travailler avec les élèves, principalement pour l'éveil aux médias. Je passais dans les classes de 3e, 4e, 5e et 6e primaires. On abordait les fake news, la sécurité sur Internet, la question des images manipulées, l’analyse d’images, etc. Je leur expliquais par exemple que si 95 % d’une réponse donnée par une IA peut être correcte, les 5% restants peuvent être très problématiques. L’idée c'était aussi de leur montrer que le numérique n’est pas qu’un outil technique, c’est aussi un enjeu citoyen. Puis mon rôle a évolué. La direction avait besoin d’aide pour alléger certaines tâches administratives. Petit à petit, je suis donc devenu un appui plus global pour l’école. »

Épanouissement

Mes tâches en tant que référent numérique en quelques mots:

« La fonction est multiple, varie énormément en fonction des écoles et dépasse souvent l’idée qu’on peut s’en faire. Ici, je gère le site internet et sa modernisation, les publications sur les réseaux sociaux et la communication numérique vers les parents. Je m’occupe du parc informatique : une vingtaine d’ordinateurs portables, les mises à jour, le stockage, les pannes, les relations avec le fournisseur Internet, lachat de tablettes, la création des adresses électroniques des nouveaux collègues, etc. En début d’année, je dois aussi redispatcher les quelque 250 élèves dans leur classe numérique sur Teams, vérifier que les accès fonctionnent, adapter les fichiers de suivi. Ce sont des tâches peu visibles, mais essentielles pour que tout roule. Je développe aussi des outils pour faciliter la vie de la direction et du secrétariat. Comme un système automatisé d’encodage des repas chauds ou un autre qui gère les rendez-vous avec les parents. Enfin, il y a aussi l’accompagnement des parents qui ne savent plus se connecter après un changement de téléphone, ou les élèves qui viennent poser des questions qu’ils n’osent pas soulever à la maison. »

Ce que j’aime dans mon métier:

«Ce qui manime profondément, cest le partage. Quand je développe un outil, je réfléchis tout de suite à comment le transmettre à dautres. Jai aussi récemment créé un système de réservation de stands pour la fête de l’école via Canva Code. Puis jai fait un tutoriel vidéo, et publié tout ça sur le groupe Facebook des référents numériques. Les collègues peuvent le dupliquer, modifier leur nom d’école, leurs créneaux, leur mot de passe. Cest ça, pour moi, la valeur principale du métier: ne pas garder pour soi, construire pour les autres.»

En quoi l’IA a-t-elle changé la fonction de référent numérique?

« Ma directrice est récemment revenue d’une formation sur l’intelligence artificielle (les matinées IA dont on vous parle en pages 8, NDLR). Un conseiller techno-pédagogique lui avait montré comment créer un système de prise de rendez-vous via Canva Code. Elle l’avait testé elle-même, sans aucune compétence technique, et m’a dit : "c’est génial." J’ai rebondi là-dessus et passé plusieurs heures à améliorer ce système. Pourtant, je nai aucune connaissance en codage non plus. Et ça, c’est la différence fondamentale qu’apporte l’IA. Une puissance de travail exceptionnelle et accessible à tous ou presque. En classe, l’IA me permet de transformer rapidement un document papier en exercice interactif, de générer un jeu d’association, de créer un QR code pour que les élèves s’entraînent à la maison, etc. Mais si l’IA peut nous faire gagner du temps, il faut rester vigilant. Tout évolue très – voire trop vite. J’avais notamment vu passer une chanson générée par l’IA qui se faisait passer pour un artiste connu. Les enfants étaient convaincus que c’était bien une vraie personne. Ça démontre l’importance de former les élèves à se poser les bonnes questions plutôt qu’à simplement consommer les réponses qu’une IA peut produire. »

Difficultés

Mes difficultés au quotidien:

« La grande difficulté, c’est la charge de travail. Officiellement, je dispose de deux heures, mais dans la réalité, on sort largement de ce cadre. Beaucoup de projets avancent le soir ou le week-end. Depuis le début de l’année, j’en suis à près de treize heures de travail supplémentaires, soit environ quatre à cinq heures par mois. Il faut aimer ça, sinon c’est impossible. Il y a quelques années, je me faisais d’ailleurs littéralement dévorer : des collègues débarquaient en plein cours, "Martin, j’ai un problème avec l’ordinateur". J’ai alors dû poser un cadreclair pour leur expliquer que je suis disponible pendant les pauses mais pas pendant les cours. Lautre frustration, plus structurelle, touche aux projets qu’on lance et qui tombent à l’eau. J’avais développé un système d’automatisation des notes de frais. Il fonctionnait bien puis des directives comptables ont imposé une étape papier préalable. Ça a signé la fin de cette expérience. Avec le numérique, c’est souvent comme ça : on avance puis on recule et ça recommence. C’est parfois très frustrant. »

Et si ?

Mes premières décisions si je devenais ministre de l’Éducation:

« Je rendrais la fonction de référent numérique systémique, clairement définie et assortie d’un volume d’heures garanti — un mi-temps dédié serait idéal. Avec du temps réellement prévu, le référent pourrait soutenir la direction, accompagner les collègues, développer les compétences numériques des élèves et coordonner la formation à l’IA. Mais surtout, il nous permettrait de former plus de monde : le numérique ne peut pas reposer sur une seule personne. Il doit devenir une culture partagée. Car il fait partie du quotidien des élèves. Nous devons leur apprendre à l’utiliser intelligemment. Aujourd’hui, pourtant, les moyens ne suivent pas. Le nouveau tronc commun prévoit une heure hebdomadaire de FMTTN. Néanmoins, si un référent devait l’assurer dans chaque classe, cela représenterait déjà douze heures, avant même la gestion du site, de l’infrastructure ou des réseaux. La fonction est essentielle, mais elle reste insuffisamment reconnue et trop floue. Selon la direction interrogée, la définition du rôle varie fortement. De mon côté, ce qui me permet de rester motivé, ce sont justement les échanges menés en début d’année avec ma direction pour clarifier les attentes et le cadre de travail. Sans cela, on finit par tout faire bénévolement, entre deux cours. »

Chaque mois, Entrées Libres part à la rencontre d’un enseignant de notre réseau et lui soumet à son tour un devoir : notre questionnaire de Proust, version profs ! La pratique d’un(e) collègue vous inspire et mérite d’être mieux connue ? Écrivez-nous : redaction@entrees-libres.be

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