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  3. Numéro 207

« D'abord, on s'assied pour en parler » :
l'accompagnement des élèves en difficulté repensé

Par Gérald Vanbellingen
Au SeGEC

Le 29 janvier dernier, une centaine d'agents PMS se sont réunis dans l'auditoire Coubertin de Louvain-la-Neuve pour une journée de formation : « L’approche systémique dans le travail avec le jeune – de la fin du fondamental à la fin du secondaire ». Organisée par le groupe de travail systémique à l’école, la Direction des centres PMS du SeGEC et l’IFEC, cette journée riche en échanges a été marquée par une conférence, suivie de cinq ateliers pratiques. De quoi expliquer, outiller et relancer les agents PMS qui mettent ou veulent mettre en pratique l’approche systémique au quotidien. 

« Parfois quand un enseignant revient vers un agent PMS en disant : "J'en peux plus avec ce gamin, il faut que tu le voies", l'approche systémique consiste d'abord à lui répondre : "D’accord, mais d'abord on s'assied tous les deux pour en parler" », explique Gengoux Gomez, conseiller à la Direction des centres PMS du SeGEC. « L'idée première, c'est vraiment de voir s'il y a des problèmes qui se manifestent tout le temps et partout ou bien si ces problèmes sont plutôt liés à une situation, un endroit, une personne, un cours. Si c'est le cas, on peut alors travailler avec ceux qui sont directement impliqués pour tenter de trouver ensemble des pistes pouvant soulager chaque partie prenante de cette situation. »

L’approche systémique invite également à interroger la dynamique en place à l’école ou dans la classe. Si ce système peut être porteur du problème, il peut aussi contenir des pistes de solution. « Avec la systémique, fini le réflexe d'externaliser systématiquement les élèves en difficulté ou de plonger sur eux pour leur proposer un entretien. Avant d'envisager un suivi individuel, il s'agit de réfléchir avec l'enseignant aux leviers possibles au sein de la classe ou de l’école », ajoute Sophie Verrekt, animatrice du GT systémique à l’école. Une méthode qui peut amener les agents PMS à travailler autrement et qui s'avère prometteuse, notamment face à la saturation des services spécialisés externes.

L'adolescent, un système complexe

Thibaut Petit, psychothérapeute spécialisé en approche systémique, a ouvert la matinée en invitant d’abord les agents PMS à prendre du recul sur leurs pratiques et à questionner leurs représentations de l'adolescence. Une double réflexion qui visait à replacer l'approche systémique dans le contexte des mutations sociétales actuelles qui transforment profondément la construction identitaire des jeunes.

« Un système est un ensemble d'entités qui sont plus liées entre elles qu'avec n'importe quoi d'autre », pose-t-il d’emblée en citant Guy Hardy, assistant social et formateur en approche systémique. Une définition qui invite à comprendre les adolescents dans une perspective globale, en se concentrant sur leurs interactions et les environnements qui les entourent.

Face aux bouleversements actuels, le formateur interpelle autant qu’il s’interroge : « L'importance de la famille est-elle toujours aussi fédératrice ? L'école est-elle toujours aussi déterminante pour l'avenir ? Quand on sait qu’une personne change entre 4 et 7 fois de profession au cours d'une carrière, que les réseaux sociaux sont omniprésents et qu’il existe une inquiétude climatique et/ou géopolitique généralisée, il faut prendre en compte un fait : on ne se construit plus de la même manière qu'avant. C’est d’autant plus vrai pour les jeunes. » 

Le conférencier pointe d’ailleurs une étude européenne qui révèle que 94% des jeunes se disent inquiets pour le climat et que 90% affirment que cette inquiétude a des conséquences sur leur quotidien. « Ça aussi, ça fait partie de la réalité de leur système. »

Repenser le sentiment d'appartenance

Dans ce contexte, le rôle du centre PMS prend une nouvelle dimension. « Dans une perspective systémique, notre première intervention pourrait être de s'intéresser au sentiment d'appartenance de ces jeunes», poursuit Thibaut Petit. «De voir ce qui les fait vibrer: leurs amis, leur famille, l’école, leurs activités sportives ou culturelles? Ce qui est urgent, c'est de vérifier si le jeune qui a des difficultés ressent ou non ce sentiment d'appartenir à un système, d'être quelqu'un qui apporte quelque chose et qui reçoit plus que s'il était seul ? »

En effet un jeune peut appartenir à un système sans avoir le sentiment d'exister. «Ce sentiment d'exister, il est beaucoup plus complexe et il nécessite en psychologie, de vérifier avec les jeunes sils ont ou non ce sentiment ancré en eux. Souvent, les jeunes les plus inquiétants sont ceux qui ne font pas de vague, qui passent presque à travers les murs. Le plus souvent des filles, mais des garçons aussi qui réussissent super bien à l’école mais qui se sentent très mal. Avec ce jugement terrible que lon entend alors parfois: "Il est inodore, incolore et sans saveur". Quand vous entendez ça, n’hésitez pas: hurlez que c'est inadmissible. »

L'intervenant, premier outil de travail

La deuxième partie de la conférence s'est concentrée sur la posture professionnelle des agents PMS. « Nous sommes notre premier et notre principal outil de travail », martèle Thibaut Petit. Cette affirmation implique un travail constant sur soi, sur ses émotions et ses zones de résonance personnelles.

Face aux urgences du quotidien, le formateur invite à la simplicité : « Simplement s'asseoir avec un jeune c'est déjà génial. Mettre la main sur son épaule, c'est déjà un signe de soutien. » Il rappelle l'humilité nécessaire : « On est dans un cadre d'intervention défini, pas dans un système de thérapie sur 10 ans. On va intervenir trois ou quatre fois une heure, mais il faut se dire que ce sera déjà génial pour le jeune. L’essentiel, c’est aussi de créer ce lien avec le jeune. »

Une perspective qui permet de diminuer une pression interne au métier sans renoncer à l'ambition générale de veiller au bien-être et à la santé mentale des élèves. Un message d'autant plus important que la fatigue professionnelle guette les agents PMS : « Vous prenez tellement soin des autres que vous oubliez de prendre soin de vous », conclut-il.

La systémique : une posture différente, pas une baguette magique

Dans l’après-midi, les participants à cette journée dédiée à la systémique ont pu prolonger leurs réflexions en se rendant dans deux des cinq ateliers proposés. L’occasion pour les agents PMS d’échanger en petits groupes, d’expliquer leur vision de la systémique, de détailler ce qu’ils mettent en place au quotidien, leurs difficultés, leurs craintes comme leurs réussites.

L'atelier consacré aux «spécificités de l'adolescence dans une approche systémique» a notamment permis de repartir avec des pistes inattendues pour créer ou renforcer ce lien dont parlait Thibaut Petit le matin. Comme oser sortir de l’école avec le jeune, lui proposer une discussion dans le parc à côté, l’emmener manger une glace ou encore parler sous un panier de basket. Autant de possibilités de se renouveler dans ses pratiques, de les conforter, de les mettre en perspective et/ou de sortir du face-à-face classique des entretiens.

Comme le résumait un formateur «La systémique, si elle a des avantages certains, n'est pas pour autant une baguette magique. Cest aussi et surtout une posture qui met le jeune qui rencontre des difficultés au centre des préoccupations, qui lui permet de sexprimer et d’être entendu. Ce qui doit déjà laider à mettre de lordre dans sa tête et contribuer à créer ou renforcer du lien.Ce qui nest pas rien, au contraire.»

Une approche intéressante pour les éducateurs aussi

En fin de journée, les participants ont eu l’occasion d’écouter quelques morceaux choisis d’une interview d’un éducateur du secondaire qui pratique également cette approche systémique avec ses élèves et ses collègues professeurs. Une belle manière de se rendre compte que chacun peut, à son niveau, repenser cet accompagnement des jeunes qui fréquentent nos écoles.

Pour aller plus loin 

« Vers une neuro-écosystémique, manifeste pour un changement » (2011), co-écrit notamment par Guy Hardy, spécialiste de l'aide contrainte que les agents CPMS connaissent probablement via son ouvrage « S'il te plait, ne m'aide pas ».

« Exister, le plus intime et fragile des sentiments » de Robert Neuburger, sur le sentiment d'existence au-delà du simple sentiment d'appartenance.

« Des difficultés scolaires aux ressources de l'école. Un modèle de consultation systémique pour psychologues et enseignants » de Chiara Curonici, Françoise Joliat, Patricia McCulloch.

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