Pour rappel, ce combat pour intégrer des éducateurs de manière structurelle au sein des écoles fondamentales fait partie intégrante des revendications portées par le SeGEC et la Direction de l’enseignement fondamental au sein de l’axe 2 du mémorandum 2024-2029.
- Un métier indispensable, une (re)connaissance insuffisante
- De surveiller à veiller sur, la nuance qui fait toute la différence
- Le CREMS, un collectif engagé
- L'écriture professionnelle : un outil essentiel pour les éducateurs
- L'éducateur dans le fondamental : un chaînon manquant
- Un coordinateur au service de toute l'équipe éducative
- Des lieux à risque qui nécessitent une présence éducative
- Un combat pour la reconnaissance
- Du surveillant à l'accompagnateur : cinquante ans d'évolution
- 2016-2019 : deux victoires décisives
- Des missions qui vont bien au-delà de la surveillance
- Éducateur : un rôle clé que l’école peine pourtant encore à comprendre
- Croiser les expertises pédagogique et éducative
- Un garant du maintien du lien scolaire
- Repérer plus tôt pour mieux prévenir
- Pour aller plus loin
Ils accompagnent, apaisent, repèrent ou soutiennent les élèves au quotidien. Pourtant, leur rôle reste largement méconnu et mal compris, même au sein des écoles. Dans ce dossier, Entrées libres vous propose une plongée dans le quotidien des éducateurs en milieu scolaire, pour mieux comprendre leur métier, leurs défis et leur combat pour une reconnaissance à la hauteur de leur utilité dans nos écoles.
Un métier indispensable, une (re)connaissance insuffisante
En novembre dernier, Entrées libres s'est rendu à Liège, au Centre de promotion sociale pour Éducateurs (CPSE) de Grivegnée, pour répondre à une invitation lancée par le Collectif de réflexion des éducateurs en milieux scolaires (CREMS). Ce collectif y avait organisé une journée dédiée à une réflexion collective sur l'écriture professionnelle des éducateurs spécialisés, dans le fondamental et le secondaire. Cette rencontre a été l’occasion pour Entrées libres d'évoquer par une réflexion concrète, la réalité d'acteurs du monde éducatif dont on parle peu souvent : les éducateurs en milieu scolaire.
Présents dans la majorité des établissements secondaires mais encore rares dans le fondamental — nous verrons que c’est tout sauf un choix posé par les écoles — les éducateurs en milieu scolaire occupent une place singulière dans l'écosystème éducatif. Ni enseignants, ni personnels administratifs, ils sont les accompagnateurs du quotidien — au niveau individuel comme collectif — ceux qui veillent sur les espaces et temps dits transitionnels. Autant de moments où l'élève n'est pas en classe mais reste dans l'enceinte de l'école.
De surveiller à veiller sur, la nuance qui fait toute la différence
Réduire leur rôle à de la simple surveillance serait une erreur. En cinquante ans, le métier a profondément évolué, passant de la fonction de surveillant-disciplinaire à celle d'éducateur spécialisé en accompagnement psychoéducatif. Cette transformation reflète les changements marquants qui touchent l'école et la société, avec des élèves aux besoins de plus en plus spécifiques et des enjeux comme l'inclusion, le bien-être ou encore la prévention du harcèlement qui s’imposent désormais comme des priorités.
À travers ce dossier, nous vous invitons à (re)découvrir ces professionnels discrets mais essentiels. Quelles sont leurs missions concrètes ? Quels sont leurs perspectives et leur combat pour la reconnaissance de leur métier, notamment dans l'enseignement fondamental où leur présence fait cruellement défaut ?
Le CREMS, un collectif engagé
Créé le 27 novembre 2013, le Collectif de réflexion des éducateurs en milieux scolaires est né d’une conviction forte : l’éducation constitue un acte politique, humain et collectif, qui engage toute une communauté au service du développement, de la dignité et de l’émancipation des jeunes. À l’origine, le collectif s’est constitué autour d’une réflexion sur la création d’une quatrième année de spécialisation pour les éducateurs, avant d’élargir progressivement son action à l’ensemble des enjeux liés à la profession.
Et pour redonner sa juste place à la dimension éducative dans l’école tout en rendant ses lettres de noblesse au métier d’éducateur en milieu scolaire, le CREMS a décidé d’agir autour de 4 axes. « Le premier axe consiste à développer des temps d'intervision pour favoriser les échanges professionnels entre éducateurs », précise Francis Mulder, président du CREMS. « Le deuxième consiste à s'informer mutuellement sur l'actualité qui touche l'éducateur en milieu scolaire. La construction de relais, vers les acteurs politiques et les organisations syndicales, forme notre troisième axe. Alors que le quatrième consiste à s’exprimer, mais aussi et surtout à écrire sur les thématiques qui sont relatives aux éducateurs en milieu scolaire. L'objectif est de rendre les actions des éducateurs plus visibles et montrer l’expertise de la profession. »
Aujourd’hui, le CREMS poursuit sa mission afin d’obtenir une reconnaissance similaire du métier d’éducateur en milieu scolaire dans l’enseignement fondamental, convaincu qu’éduquer revient à résister aux logiques réductrices et à œuvrer pour une école qui relie, émancipe et transforme.
L'engagement du CREMS a permis l’adoption, en 2019, d’un profil de fonction officiel pour les éducateurs dans le secondaire. Consulter la circulaire 7358
L'écriture professionnelle : un outil essentiel pour les éducateurs
Pourquoi l'écriture professionnelle est-elle si importante pour les éducateurs en milieu scolaire ? C'est la question qui animait la conférence organisée par le CREMS en novembre dernier. Loin d'être une contrainte administrative, elle constitue un outil de travail fondamental et un levier de reconnaissance professionnelle.
« On dit souvent qu’on n’écrit pas, mais en réalité, on écrit tout le temps au quotidien et c’est très important », explique Fabienne Jaszczinski, membre du CREMS. « Que ce soit la prise de présences, l'observation dans la cour de récréation, les entretiens individuels avec les jeunes ou encore le carnet de bord. Mais l'écriture ne se limite pas à consigner des faits. Elle permet de garder des traces et de se rendre compte de situations qu'on n'aurait pas vues autrement. »
Pour illustrer ses propos, elle nous confie un exemple dramatique. « Une jeune fille venait se plaindre tous les mardis de maux de ventre. Si je n'avais pas pris le temps de l’écrire, je ne me serais probablement pas rendu compte que c'était toujours le même jour. Cette récurrence m'a permis de me questionner et, après plusieurs mois, la jeune fille m'a confié qu'elle se faisait abuser par son beau-père. De là, tout un travail de partenariat a pu se mettre en place. »
Traçabilité et communication
Au-delà du repérage des situations problématiques, l'écriture professionnelle assure une traçabilité des actions menées et favorise la communication entre professionnels. Elle garantit également la continuité du suivi en cas d'absence ou de remplacement.
L'écriture devient ainsi un acte de militance professionnelle. « On encourage les éducateurs à écrire sur leur métier », précise Francis Mulder, président du CREMS. « Comment parle-t-on de nous ? Qu'est-ce qu'être éducateur en milieu scolaire ? Ces questions nécessitent que les éducateurs eux-mêmes prennent la plume. »
L'éducateur dans le fondamental : un chaînon manquant
Alors que les besoins éducatifs des élèves explosent dès le plus jeune âge, les éducateurs restent absents de l’enseignement fondamental à quelques exceptions près. Un paradoxe qui soulève une question essentielle : peut-on encore penser l’école fondamentale sans ces professionnels du lien et de l’accompagnement ?
Dans l'enseignement secondaire, la figure de l'éducateur est désormais bien établie. Un profil de fonction existe depuis 2019, validé pour tous les réseaux. Mais le fondamental fait encore office de parent pauvre. Aucun texte n’y régit leur présence structurelle, aucun organigramme ne les prévoit. Dans la pratique, l’engagement d’éducateur au sein des écoles fondamentales est extrêmement minime voire inexistant et oblige de nombreuses écoles à bricoler.
« Ils ne sont tout simplement pas prévus dans le cadre structurel », précise Laetitia Bergers, directrice pour l’enseignement fondamental au SeGEC. « Il existe un subside spécifique pour les écoles en encadrement différencié qui est destiné à l'encadrement supplémentaire, dont éducatif. Mais les écoles ont tout juste de quoi avoir un mi-temps voire un temps plein pour un éducateur ou une autre fonction (logopède, dédoublement, etc). L’autre possibilité pour une école fondamentale, c’est qu’elle fasse partie d’un PO qui englobe du secondaire. Et que le secondaire partage son personnel. Mais ni les subventions de fonctionnement, ni le capital-périodes accordés aux écoles fondamentales ne permettent en réalité d'engager un éducateur ! »
Pourtant, les besoins y sont criants. Fabienne Jaszczinski, membre du CREMS et formatrice au CPSE, l'explique sans détour : « Aujourd'hui, les écoles font face à nombre de défis. Avec de plus en plus d’élèves aux besoins spécifiques, des élèves en souffrance, qui ont besoin de réapprendre ce qu’est le collectif et d’être écoutés et entendus. Ce public qui a aussi beaucoup changé depuis la pandémie ou encore une école qui se veut de plus en plus inclusive mais sans que les moyens éducatifs n’évoluent. Dans la pratique, les écoles n’arrivent souvent plus à suivre. C’est justement là que les éducateurs auraient leur rôle à jouer en apportant leur expertise. D’ailleurs, les écoles fondamentales qui ont la chance d’avoir un éducateur remarquent tout de suite la différence énorme que cela fait sur le terrain. »
Un coordinateur au service de toute l'équipe éducative
Contrairement à l'enseignant qui voit principalement l’élève en classe, l'éducateur l’observe dans tous les espaces et temps dits transitionnels comme l'arrivée à l'école, la récréation, la salle d’étude, les réfectoires, la sortie de l’école ou même les alentours des toilettes.
« C'est vraiment la cheville ouvrière dans les engrenages, quelqu'un qui va mettre du lien entre toutes les personnes d'une école », poursuit Fabienne Jaszczinski. Concrètement, sa formation en accompagnement psychoéducatif et sa fonction d'intervenant de première ligne offrent à l'éducateur la possibilité de repérer très rapidement les difficultés liées au développement social, relationnel et psycho-émotionnel de chaque élève. En cas de besoin, l'élève trouvera toujours une oreille attentive à ses préoccupations et sera accompagné vers les ressources et/ou personnes nécessaires à son bon développement et son bien-être. À ce titre, soulignons que les éducateurs sont souvent cités comme des partenaires de l’équipe éducative en vue de remplir les contrats d’objectifs, surtout en termes de bien-être et d’amélioration du climat scolaire.
Grâce à ses compétences techniques de médiation, d’écoute active ou de gestion des jeux, l'éducateur peut également coordonner les accueillantes extrascolaires qui assurent l’accueil du matin, du midi et du soir, animer les espaces collectifs, faire de la médiation avec les parents, gérer les conflits, soutenir les équipes éducatives dans la gestion relationnelle des élèves ou faire le pont avec le PMS et les partenaires extérieurs. À noter que les éducateurs en place dans les écoles fondamentales sont aussi souvent amenés à remplacer un prof en classe et/ou aident aussi parfois la direction dans les tâches administratives.
Des lieux à risque qui nécessitent une présence éducative
Ces moments hors de la classe sont tout sauf anodins. Ce sont souvent là que se nouent ou se dénouent les relations entre enfants, que se manifestent les premiers signes de mal-être ou de harcèlement. « Sur les temps de midi, il se passe plein d’événements », rappelle Francis Mulder, président du CREMS. « Les cours de récréation, les toilettes, les couloirs sont autant d'espaces où l'adulte doit être présent, non pour surveiller de manière punitive, mais pour veiller sur les élèves et les accompagner. C’est d’ailleurs souvent comme cela que l’on résume l’évolution de la posture de l’éducateur en milieu scolaire. »
Un combat pour la reconnaissance
Pour que les éducateurs trouvent leur place dans le fondamental, le CREMS travaille à l'élaboration d'un profil de fonction, à l'image de ce qui existe pour le secondaire. Un combat politique et syndical qui nécessite de convaincre les décideurs de l'importance de ces professionnels. Francis Mulder, président du CREMS, le rappelle : « On ne pourra sans doute pas mettre un éducateur dans chaque école fondamentale, du moins dans le contexte actuel, car c'est impayable. Mais au minimum, il faut leur donner un profil de fonction auquel ils peuvent se référer et que les directeurs s'y réfèrent aussi. Il est vital d’améliorer la compréhension du métier d’éducateur au sein même des équipes éducatives. »
En attendant, certaines écoles fondamentales qui ont la chance rare d’avoir un éducateur dans leurs rangs constatent la différence. « On voit vraiment l'impact quand il y a des éducateurs dans le maternel et dans le primaire », ajoute encore Fabienne Jaszczinski. « Leur présence rassure, accompagne, construit du lien et confère aux écoles une expertise qui renforce l’approche inclusive prônée par le Pacte pour un Enseignement d’excellence. Ils permettent également aux enseignants, comme aux directions, de se concentrer sur leurs missions premières. »
Du surveillant à l'accompagnateur : cinquante ans d'évolution
Il a fallu près de cinquante ans pour que la fonction de surveillant, essentiellement axée sur la discipline, évolue vers un véritable métier d'éducateur. Une transformation profonde qui reflète les changements de la société et de l'école elle-même. « On est passé d'une approche purement disciplinaire à une vision holistique du jeune », explique Francis Mulder, président du CREMS.
Cette évolution s'est nourrie de nombreux courants pédagogiques et théoriques : l'approche systémique, la programmation neurolinguistique, la psychologie positive. Ces grilles de lecture ont permis de repenser le rôle de l'éducateur non plus comme un simple gardien de l'ordre, mais comme un accompagnateur du développement du jeune dans toutes ses dimensions.
2016-2019 : deux victoires décisives
Deux dates marquent des tournants majeurs dans la reconnaissance du métier. En 2016, la réforme des titres et fonctions a établi que le titre requis pour exercer comme éducateur en milieu scolaire est celui d'éducateur spécialisé en accompagnement psychoéducatif (et/ou d’éducateur socio-sportif). Une façon de garantir que les personnes engagées disposent d'une formation spécifique et reconnue.
Puis, en 2019, après des mois de travail au sein d'un groupe piloté par le cabinet de la ministre Marie-Martine Schyns, un profil de fonction a été validé. « C'était une victoire absolument importante », se souvient Francis Mulder, président du CREMS. Ce profil définit précisément les missions et compétences attendues dans le secondaire pour l'éducateur en milieu scolaire, et ce pour tous les réseaux d'enseignement.
Des missions qui vont bien au-delà de la surveillance
Concrètement, que fait un éducateur dans le secondaire ? Il est présent dans tous les espaces et temps dits transitionnels. Mais il ne se contente pas d'observer. Il crée du lien et du dialogue avec les jeunes, repère les signes de mal-être, intervient lors de conflits ou accompagne des élèves en difficulté.
« Comme je le dis souvent, c’est un peu faire le trottoir », explique avec humour Fabienne Jaszczinski, membre du CREMS. « Ce n'est pas errer sans but. C'est être stratégiquement présent pour capter les dynamiques de groupe, identifier la jeune fille qui reçoit une gifle de son petit ami, remarquer celle qui a changé de coiffure pour plaire ou celle qui se réfugie aux toilettes pour vomir. On veille sur les élèves. »
L'éducateur peut également participer aux conseils de classe, aux réunions de parents, ou de concertation, pour apporter un regard éducatif complémentaire à celui des enseignants. Il peut également animer des classes si besoin ou initier des projets au sein de l’école.
L'éducateur fait aussi le lien avec le centre PMS, coordonne parfois des actions avec les parents, organise des activités sur le temps de midi. Dans certaines écoles, les éducateurs animent des ateliers, comme des puzzles collaboratifs, des animations sportives, culinaires ou bien d’autres encore. Ces moments permettent aux enseignants et aux élèves de se découvrir autrement, voire de changer le regard qu’ils portent l’un sur l’autre par le biais de ces activités.
Éducateur : un rôle clé que l’école peine pourtant encore à comprendre
En cinq ans, Diane Bertrand, conseillère en soutien et à l'accompagnement (CSA) au secondaire, a accompagné des équipes d’éducateurs dans 53 écoles. Son constat est clair : la faible reconnaissance du métier tient d’abord à une méconnaissance de ses missions. À travers son expérience de terrain, elle plaide pour une meilleure compréhension du rôle des éducateurs et pour la (re)construction de liens solides au sein des équipes éducatives.
« En cinq ans, je suis passée dans 53 écoles pour accompagner des équipes d’éducateurs. Ce que je constate partout, c’est que le manque de reconnaissance dont ils souffrent vient d’abord et, très souvent, d’un manque de compréhension de leur métier, y compris au sein des écoles. »
Conseillère relai à la Cellule de soutien et d’accompagnement (CSA) à la Direction pour l’enseignement secondaire du SeGEC, Diane Bertrand ne tourne pas autour du pot et veut combattre les idées reçues qui mettent encore à mal la profession malgré la création d’un profil de fonction spécifique au métier en 2019.
« À la CSA, toutes les demandes d’accompagnement passent par les directions d’école », poursuit cette dernière. « Certaines des directions nous disent parfois : "L’équipe d’éducateurs ne fonctionne pas, que peut-on faire ?" Mais une fois sur place, le diagnostic qu’on pose avec mes collègues est souvent tout autre. Le fait est que les directeurs sont souvent d’anciens enseignants qui connaissent très bien le pédagogique mais très mal le métier d’éducateur. »
Croiser les expertises pédagogique et éducative
Cette méconnaissance se traduit dans la pratique par des attentes floues et des tâches inadaptées aux compétences. Cela peut engendrer des frustrations, une perte de sens et un sentiment de dénigrement chez les éducateurs. « On demanderait rarement à un prof d’installer les chaises pour un conseil de classe. Pourtant, on le demande encore à des éducateurs. C’est fou, alors qu’ils auraient bien d’autres compétences à faire valoir. »
L’accompagnement proposé par la CSA dépasse donc largement le simple soutien aux équipes éducatives. Il concerne aussi le management des directions, la clarification des rôles, la structuration du travail collectif et la (re) construction d’un dialogue entre éducateurs et enseignants. « Nous sommes à la fois dans le coaching et l’accompagnement. Nous arrivons souvent dans des écoles où chacun se renvoie la faute, entre directeur, éducateurs et enseignants. Il faut donc commencer par remettre du lien entre les expertises éducative et pédagogique. »
Un garant du maintien du lien scolaire
L’éducateur occupe une position singulière dans l’école. Il voit l’élève dans sa globalité, bien au-delà de la seule performance scolaire. « Ils sont en première ligne pour repérer les signaux de mal-être, les difficultés familiales, prêter une oreille attentive à ceux qui le souhaitent et orienter les élèves vers les bons relais. Dans le cas d’élèves hospitalisés, ils sont même parfois les seuls à être au courant au sein de l’école. C’est dire leur importance aussi en matière d’accrochage scolaire et/ou du maintien du lien entre l’école et l’élève. »
Encore faut-il que ce travail soit visible. C’est pourquoi la CSA encourage les éducateurs à nommer leurs pratiques, à utiliser un vocabulaire partagé avec les enseignants, à laisser des traces écrites de leurs interventions. « Observer, adapter, soutenir : ce sont les trois gestes fondamentaux de l’approche évolutive. Ce sont exactement ceux que les éducateurs posent tous les jours mais leur expertise reste sous-estimée faute d’être suffisamment reconnue. », conclut-elle.
« Les éducateurs sont des acteurs naturels des évolutions pédagogiques en cours. Ils le sont parce qu’ils travaillent avec le réel, avec l’humain, avec l’imprévisible. Ils le sont parce qu’ils savent que toute évolution véritable commence par une relation », ajoute Francis Mulder, président du CREMS. « Et pourtant, leur expertise reste sous-estimée, non pas parce qu’elle manque de valeur, mais parce qu’elle ne se proclame pas. Elle se vit. Elle se construit dans l’expérience, dans l’échec parfois, dans la fidélité au lien. Elle échappe aux grilles d’évaluation, aux discours technocratiques, aux injonctions de performance. Reconnaître les éducateurs en milieu scolaire, ce n’est pas seulement leur rendre hommage. C’est accepter que le savoir professionnel naisse du terrain, de la rencontre, de la durée. C’est admettre que l’avenir de l’éducation ne se décrète pas : il s’accompagne, pas à pas, au rythme des personnes. »
Repérer plus tôt pour mieux prévenir
Pour Diane Bertrand, l’absence d’éducateurs spécialisés dans l’enseignement fondamental constitue aujourd’hui un angle mort préoccupant. « On intervient trop tard », regrette-t-elle. Trop souvent, les situations de souffrance non repérées dans l’enfance explosent à l’adolescence. Les signes visibles de ce mal-être peuvent comprendre scarifications, vomissements, isolement, décrochage scolaire ou même des tentatives de suicide.
« Beaucoup d’enfants sont — malheureusement — confrontés très tôt à la violence familiale, aux abus, à la négligence. Vu l’absence d’éducateurs dans les écoles fondamentales, ils sont en quelque sorte laissés seuls face à leurs problèmes. Faute de professionnels formés pour décoder les signaux faibles. »
L’éducateur pourrait pourtant jouer ce rôle de première ligne qui consiste à repérer, écouter, relayer et accompagner. « Il est important de préciser qu’il ne se substitue ni aux enseignants ni aux services spécialisés, mais il crée ce lien de confiance qui permet à l’enfant de ne pas rester seul. Dans un contexte de santé mentale fragilisée, sa présence dès le plus jeune âge devient un enjeu de prévention majeur. »
Pour aller plus loin
Pour aller plus loin dans la réflexion, nous vous conseillons cet ouvrage consacré au métier d’éducateur à l’école fondamentale. Cette étude, intitulée L’agir éducatif au service de la socialisation, a été menée par le Centre d’Expertise et de Ressources pour l’Enfance (l’ASBL CERE) ainsi que des conseillères pédagogiques du SeGEC (Nathalie Jacquemin et Isabelle Étienne) et nombre d’éducateurs.
Entrer à l’école maternelle, c’est entrer de plein pied dans le collectif : découvrir les autres, apprendre à communiquer et interagir avec eux. Ces processus de socialisation sont essentiels tant pour le développement global de l’enfant que pour ses apprentissages. Mais comment sont-ils investis par l’institution scolaire dans le fondamental ? Agir de manière réellement éducative nécessite certaines conditions et la collaboration de toute l’équipe éducative. L’éducateur peut y occuper une place centrale et, grâce à sa posture relationnelle et l’ensemble de son agir éducatif, favoriser des interactions épanouissantes et émancipatrices avec et entre les enfants.
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