Psychologue, Mélanie Laschet travaille aux centres PMS libres verviétois. Entre l’Institut Sainte-Claire, le CEFA Sainte-Claire et l’école fondamentale Saint-Joseph de Welkenraedt, elle jongle entre trois publics différents avec une même ligne de conduite. Celle d’être accessible pour tous, pour aider les jeunes à s’épanouir.
Carrière
Le jour où j’ai voulu devenir agente CPMS :
« Rien ne me prédestinait à travailler dans un centre PMS. Depuis toute petite, je voulais être avocate pour enfants. J’ai commencé des études de droit à l’université, mais ça ne m’a pas du tout plu. J’ai donc changé de voie et je me suis orientée vers la psychologie. Un peu par dépit, mais j’ai tout de suite adoré. Et puis, en quatrième année, j’ai vécu un moment marquant pendant un travail de groupe réalisé dans une école primaire. Je me suis dit : “Mais en fait, c’est à l’école que je me sens bien. Pourquoi je n’ai pas fait institutrice ? ” Cette question ne m’a plus quittée, même si j’ai ensuite travaillé pendant trois à quatre ans à l’Oasis, un service d’accompagnement socio-éducatif. C’était une belle expérience mais le fait de travailler sous mandat soit du Service de l'Aide à la Jeunesse (SAJ) soit du Service de Protection Judiciaire (SPJ) ne me correspondait pas. Alors, quand une possibilité s’est ouverte dans un centre PMS, j’ai postulé “pour voir”. On était alors en 2010 et j’ai connu depuis beaucoup d’écoles, beaucoup de contrats à temps partiel avec des horaires qui fluctuaient. Puis, progressivement, ma situation s’est stabilisée ici aux centres PMS libres verviétois. Aujourd’hui, je partage mon temps entre le CEFA Sainte-Claire de Verviers où je travaille deux jours par semaine, l’Institut Sainte-Claire où je me rends un jour par semaine et également à l’école fondamentale Saint-Joseph de Welkenraedt pour un jour par semaine. Le cinquième jour est plus volant en fonction des demandes. »
Difficultés
Mes difficultés au quotidien :
« Ce métier demande énormément d’adaptations. Une vraie difficulté pour moi, c’est la priorisation. Il y a les demandes spontanées des élèves, des équipes pédagogiques, les inquiétudes des enseignants, les sollicitations des directions, des parents… On ne peut pas tout traiter immédiatement ou aussi vite que les gens le souhaiteraient. Il faut donc évaluer l’urgence, prendre du recul, accepter que certaines choses prennent du temps. Il y a aussi toute la question de l’organisation. Qui dit plusieurs écoles dit aussi plusieurs plateformes numériques, plusieurs adresses électroniques, plusieurs numéros professionnels, etc. Il faut donc jongler en permanence. Au niveau du centre PMS, on a mis des outils en place pour faciliter cela, mais cela reste énergivore. Enfin, je trouve qu’avec tous les moyens de communication qu’on a à notre disposition, on a perdu du contact humain. Avant, je descendais voir un éducateur, je croisais d’autres collègues, des élèves. Aujourd’hui, beaucoup de choses se réalisent derrière un écran. Ce qui a évidemment des avantages, mais en contrepartie, une partie essentielle de notre travail repose sur le lien humain. »
Épanouissement
Ce que j’aime dans mon métier :
« Je suis là pour accompagner les élèves et leurs parents, pour essayer qu’ils trouvent leur place dans l’école et l’enseignement en général et, plus largement, dans leur parcours de vie. J’aime la diversité de mon travail. J’ai la chance d’avoir deux jours au CEFA par semaine. Par rapport à certaines collègues, ça me permet de réduire le nombre d’implantations dans lesquelles je dois me rendre, mais j’éprouve vraiment du plaisir à aller dans chaque école. J’ai souvent l’impression que je pourrais travailler à temps plein dans chacune de "mes" écoles, même si parfois, je suis frustrée de ne pas avoir plus de temps sur place. Mais dans un sens, je me dis que c’est une belle frustration. »
Au CEFA, mes journées-type se déroulent comme suit :
« Mes journées commencent souvent par des concertations avec l’équipe éducative. Il faut savoir qu’en CEFA, le suivi des élèves en général est bien plus individualisé. Ces réunions sont essentielles : elles permettent d’avoir une vision précise de la situation de chaque élève et de construire des accompagnements cohérents. Ensuite, ma porte est ouverte pour tous en permanence. Les élèves passent, posent une question, demandent s’ils peuvent revenir plus tard, etc. Je tiens beaucoup à cette disponibilité. Les demandes en CEFA sont très variées : conflits avec un patron, incompréhensions administratives, questions sur le salaire, difficultés relationnelles… Mais depuis quelque temps, je constate surtout beaucoup d’anxiété, de stress et de troubles liés au manque de sommeil. Avec un phénomène qui m’a particulièrement marquée et qui se vérifie aussi dans le secondaire. Depuis l’interdiction des GSM, certains jeunes ne savent plus comment entrer en relation avec les autres. Ils ne savent plus comment se parler, comment regarder l’autre ou comment gérer la cour de récréation sans écran. Ce qui génère pas mal de conflits mais aussi de malaises avec des élèves qui nous confient parfois rencontrer des difficultés à respirer à cause de l’absence du GSM. C’est très surprenant. »
Les particularités de mes missions dans le secondaire :
« Dans le secondaire, les journées sont plus organisées et se construisent au gré des différents entretiens, le plus souvent planifiés. Ces demandes peuvent venir des élèves eux-mêmes, d’un éducateur, du conseil de classe, etc. Mais il y a toujours de la place pour les demandes spontanées, sans oublier les nombreux coups de fil. Les préoccupations des élèves y sont différentes. On y sent une pression scolaire beaucoup plus forte, avec des jeunes qui vivent des difficultés familiales et/ou d’apprentissages qui rendent le cadre scolaire très lourd. On a d’ailleurs mis en place un “WhatsApp” professionnel pour qu’ils puissent me contacter en tout temps. »
La réalité de mon métier dans le primaire :
« Dans le primaire, c’est encore autre chose. Certains entretiens sont prévus à l’avance, mais les journées sont tout de même remplies de demandes spontanées. Le travail est surtout axé sur le relationnel, les émotions et l’explication de certaines règles de vie en société. Beaucoup d’élèves ne comprennent pas ce que font les autres, ce qu’ils ressentent, pourquoi ils le font, etc. Il y a beaucoup d’imprévus et de… surprises. Quand je m’attarde avec un petit bout de chou, il y a toujours un moment où je ne m’attendais pas à une réaction ou à une observation. C’est une réalité du métier que j’adore. Enfin, dernière particularité du primaire, c’est que j’y suis aussi en liens réguliers avec les parents – bien plus qu’en secondaire ou en CEFA. »
Les animations de classe font pleinement partie de mon travail :
« En début d’année, surtout en primaire, je passe dans toutes les classes pour me présenter et expliquer mon rôle. En secondaire, c’est surtout vrai avec les plus jeunes. J’arrive avec un petit jeu, un ballon ou un support ludique : c’est un moment à la fois léger et très riche qui me permet de repérer la dynamique de groupe, les élèves à l’aise, ceux qui le sont moins, la manière dont la classe fonctionne, etc. J’interviens aussi à la demande des enseignants lorsque des questions émergent : autour des émotions, du vivre-ensemble, d’un élève porteur de handicap ou d’une situation particulière vécue par la classe. Je réalise également des animations EVRAS (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle), parfois en partenariat avec la PSE (Promotion de la Santé à l'école), ainsi que des animations d’orientation, notamment en 6e primaire et en secondaire. Ces animations sont des temps précieux de prévention, d’échange et de lien. Cela permet aussi qu’on soit dans la prévention et le soutien quand c’est possible, pour ne pas recevoir que des élèves en souffrance. »
Et si ?
Mes premières décisions si je devenais ministre de l’Éducation :
« Je commencerais tout de suite par diminuer la taille des classes et renforcer les équipes PMS. Ensuite, il est pour moi vital que des éducateurs soient présents dans le fondamental. Enfin, je chercherais à simplifier l’administratif. Je trouve qu’on passe énormément de temps dans la gestion, les formulaires, les plateformes… parfois au détriment de la relation humaine. Or, pour moi, tout repose sur la relation humaine. C’est là que se joue l’essentiel. »
D'autres articles
pourraient vous intéresser
-
Numéro 206 -À l'étude -

À Uccle, de petits jardiniers récoltent de grands apprentissages
Numéro 206 -Cas d'école -

Éducateur en milieu scolaire
Numéro 206 -Dossier -

L'ASBL Épicure : 20 ans d'engagement bénévole pour la culture à l'école
Numéro 206 -Outils