À l'école fondamentale les Servites de Marie à Uccle, « La brigade des petits jardiniers » transforme, depuis 2011, la manière dont les élèves apprennent. Ce projet nature est devenu un véritable laboratoire où enfants, enseignants et parents cultivent ensemble autonomie, solidarité et connexion avec le vivant.
Grâce aux démarches de l'association des parents, l'école a obtenu l'accès pendant une dizaine d’années à un terrain en friche appartenant aux religieuses. « En septembre 2011, j'ai commencé à y chipoter et ma collègue Sonia Salvatore m'a secondée », raconte Françoise Wesel, initiatrice du projet et ancienne professeure d'éducation physique. Les premiers pas furent modestes : quelques enfants venaient donner un coup de main pendant la pause de midi. Petit à petit, l'idée a germé de structurer un groupe plus régulier, plus motivé, plus autonome.
L'école fait partie des premières à avoir rejoint le programme Eco-Schools en Belgique, épaulée par l'ASBL COREN. Ce label, renouvelé tous les deux ans, ne s'adresse pas uniquement aux établissements disposant de grands espaces verts. « Il valorise aussi l’économie d’énergie, l’alimentation, la gestion des déchets, etc. », précise Françoise. Le financement d'Eco-Schools soutient activement le projet.
Un parc qui grouille de vie
Aujourd'hui, le parc est devenu un véritable écosystème. On y trouve deux ruches, dont une pédagogique qui s'ouvre pour permettre aux enfants d'observer l'intérieur. Une mare y grouille de vie, abritant grenouilles, tritons en abondance et tous les insectes typiques de ce milieu. Le poulailler et le clapier accueillent deux poules et deux lapins. Les constructions réalisées par les brigadiers jalonnent le parc : nichoirs, hôtels à insectes, mangeoires, tas de bois mort. Sans oublier le verger, le potager et ses parcelles organisées par les petits jardiniers.
Une partie du parc accueille l'école du dehors avec bûches, table et espaces dédiés. L'engagement des enfants dépasse le jardinage : « Ils préparent les jeux des fancy-fair, installent les sapins de Noël, réparent les étagères. Ils s'investissent à tous les niveaux et cela les valorise énormément », affirme Françoise.
Des apprentissages qui prennent racine
Au-delà de l'épanouissement personnel, la brigade offre des opportunités pédagogiques précieuses. « Pour fabriquer un nichoir, on donne une photo, pas un plan. Ils doivent mesurer, comprendre le montage. Les concepts abstraits vus en classe prennent soudain tout leur sens : angles droits, diagonales, mesures... », détaille Françoise.
Cette concrétisation des apprentissages et cette prise d’autonomie ont aussi des répercussions à la maison. « Les parents nous disent qu'ils prennent des initiatives, au jardin comme pour remonter une garde-robe », s'enthousiasme Sonia Salvatore, institutrice en P1/P2.
C'est l'un des impacts les plus remarquables du projet : former des jeunes capables de prendre des initiatives, de résoudre des problèmes concrets, de collaborer et de travailler avec leurs mains et leur tête. « En tant que professeur, cela me permet de voir les enfants sous un autre angle, de mieux les connaître et de découvrir d'autres points forts un peu cachés par la scolarité », souligne Sébastien Mertens, professeur également impliqué dans le projet.
Comment devient-on brigadier ?
La brigade fonctionne selon un système rodé avec deux catégories de participants : les jardiniers réguliers qui s’engagent à venir deux fois par semaine et les participants occasionnels. Pour intégrer la brigade officielle, les enfants signent un contrat. « Ils doivent être autonomes et ont la charge de certaines activités », précise Sonia.
« C'est une activité gratuite, donc un choix de l'enfant », ajoute Françoise. Un système de stage évalue la motivation des candidats. Tous peuvent venir le mardi et jeudi. « On leur donne une tâche en leur disant bien ce qu'ils doivent faire. On essaie de voir s'ils ont compris, s'ils sont autonomes et à ce moment-là, s'ils viennent régulièrement, alors ils peuvent intégrer la brigade », ajoute-t-elle.
Une aventure collective
« Aujourd'hui, on a la chance d'avoir Françoise qui continue à venir bénévolement », insiste Sonia avec reconnaissance. Trois autres enseignants apportent également leur aide : M. Sébastien, Mme Flora et Mme Maurine. « Les professeurs y participent de manière totalement bénévole sur leur temps de midi », explique-t-elle.
Sonia insiste à plusieurs reprises sur un point crucial : ce projet ne pourrait exister sans une collaboration étroite entre tous les acteurs de l’école. « Il ne pourrait tenir sans l'aide de Françoise, mais aussi sans le soutien de la direction, des parents et des professeurs », énumère-t-elle.
L'association des parents joue un rôle financier majeur en entretenant le parc. Françoise organise aussi tous les quinze jours une séance de jardinage avec les parents disponibles : tailles, petits travaux... La direction soutient pleinement l'initiative. La brigade s'occupe de l'entretien quotidien avec les professeurs bénévoles. « Sans cette collaboration, on n'y arriverait pas. Chacun apporte sa petite pierre à l'édifice », conclut Sonia.
Le projet a traversé plus de quatorze ans, évoluant au gré des saisons, des enfants et des professeurs. Sa pérennité repose sur l'engagement de passionnés et le soutien de l'école. Interrogée sur l'avenir, Françoise reste prudemment optimiste : « On espère qu'il continuera le plus longtemps possible, tant qu'il y a des enseignants qui ont l'opportunité et l’envie de faire ce genre d'activité. »
D'autres articles
pourraient vous intéresser
-
Numéro 206 -À l'étude -

À Uccle, de petits jardiniers récoltent de grands apprentissages
Numéro 206 -Cas d'école -

Éducateur en milieu scolaire
Numéro 206 -Dossier -

L'ASBL Épicure : 20 ans d'engagement bénévole pour la culture à l'école
Numéro 206 -Outils


