Professeur de philosophie le jour, dessinateur de BD humoristique la nuit, Mikko a trouvé la formule parfaite pour décrypter l'actualité internationale : transformer le monde en immeuble dans lequel chaque pays est un voisin. Rencontre avec l’auteur de « La Guerre des voisins », « un état des lieux d'un monde qu’il n'a jamais été aussi urgent de décrypter ».
Vous qui êtes professeur de philosophie, comment en êtes-vous venu au dessin humoristique ?
« Je dessine depuis tout petit. J'avais laissé le dessin de côté pour faire des études de philo, mais il y a 10 ans, j'ai eu besoin de m'y remettre, c'était presque vital. J'ai d'abord fait de la BD historique avec la région de Normandie, puis j'ai travaillé avec des éditeurs belges comme Dargaud et Le Lombard. J'ai réalisé une BD jeunesse sur le cosplay, et c'est en me mettant au dessin humoristique que j'ai vraiment trouvé ma voie : j'arrivais enfin à concilier mon intérêt pour l'actualité et le dessin. »
Comment est née l'idée de cette métaphore de l'immeuble ?
« C'est venu pendant une surveillance ! Je m'ennuyais et Poutine venait d'envahir l'Ukraine un mois auparavant. J'ai commencé à dessiner Poutine qui donnait un coup de pied dans la porte de son voisin Volodymyr. Là, je me suis dit : "C'est marrant, au fond c'est une histoire de voisins qui s'embrouillent." Ensuite, tout s'est enchaîné : le réchauffement climatique devenait la chaudière de l'immeuble, les Jeux olympiques des olympiades entre voisins, Netanyahu faisait un bruit pas possible au 3e étage... La métaphore fonctionnait pour tout. »
Vous travailliez déjà sur cette thématique avant cette BD ?
« Oui, depuis trois ans maintenant, je publie régulièrement sur la page Instagram "Mâtin, quel journal !", affiliée aux éditions Dargaud. Chaque jour, il y a une publication à 7h07. On est plusieurs auteurs, chacun avec un domaine : il y a une série sur la politique française, une sur le féminisme, l'écologie... Moi je m'occupe de l'actualité internationale via cette métaphore de l'immeuble. La page a à peu près de 200 000 followers. »
Comment choisissez-vous les conflits à traiter parmi toute l'actualité internationale ?
« Le tri est plus ou moins lié à l’actualité... Il y a des conflits sur lesquels on ne débat pas trop, mais parfois nous avons dû arbitrer. Dans la BD, on parle du conflit au Cachemire et de celui au Congo, mais on n'évoque pas le Soudan, par exemple. C'est un peu plus subjectif pour les conflits secondaires. En tant que Français, Européen, Occidental, on est forcément plus touché par certains conflits. Si c'était un dessinateur pakistanais qui avait lancé "La Guerre des voisins", je pense que l'immeuble serait vu différemment. »
Pourquoi avoir choisi le format du rapport de syndic pour la BD ?
« Quand on est passé au format BD, on voulait proposer quelque chose de neuf plutôt que compiler les “strips” d’Instagram, car l'actualité se démode rapidement. Le rapport de syndic permettait de rester dans la métaphore tout en élargissant le propos : on ne parle pas uniquement des voisins qui s'embrouillent, mais aussi des charges (l'économie), des fêtes des voisins (la culture), de l'avenir de l'immeuble (la tech et l'IA) et bien sûr, de l'état des parties communes (l'écologie). »
Dans certains chapitres, vous faites appel à des experts. Comment l’idée vous est-elle venue ?
« C’était une suggestion de mon éditrice qui pensait qu'il serait bien d'avoir une caution scientifique. Un collègue professeur d'histoire-géographie intervient pour approfondir certains enjeux de manière sérieuse et concrète. Il y a aussi Timothée Parrique, économiste, qui propose un contre-modèle avec l'éloge de la sieste et l'idée de décroissance. Il y avait cette ambition pédagogique derrière le projet de la BD. »
Vous effectuez souvent des sauts dans le temps. Pourquoi ce choix ?
« Je trouve qu'il était important de bien montrer que ces conflits ne sortent pas de nulle part. Si Poutine envahit l'Ukraine, ça s'inscrit dans un processus. Si on n'est pas au courant de ce processus, on a une approche superficielle et caricaturale. Pour le conflit israélo-palestinien, c'est pareil : on a tendance à le faire démarrer aux attentats du 7 octobre, alors que dans la BD, le personnage du “Doc” nous emmène avec sa DeLorean dans l'Antiquité carrément ! Ces conflits méritent vraiment un approfondissement. »
À quel public s'adresse la BD ?
« C'est vraiment large ! Les ados aiment beaucoup le côté rieur et gouailleur, mais ce qui me surprend le plus, c'est que les seniors apprécient aussi, malgré un niveau de langue parfois très ado. Utiliser des termes comme "frérot" pour parler de géopolitique, ça me fait rire, et apparemment ça ne les rebute pas. Les retours en milieu scolaire sont excellents : les profs apprécient la rigueur des infos et les élèves, la métaphore de l'immeuble. »
Quel message voulez-vous faire passer avec cette BD ?
« Je n'aime pas trop le côté donneur de leçons. Je voulais vraiment que la BD donne à réfléchir plutôt qu'imposer des idées. Tous les dirigeants en prennent pour leur grade, donc je pense avoir gardé une certaine neutralité. C'est une manière originale et ludique de se confronter aux grands enjeux mondiaux : de l'écologie à l'IA en passant par les conflits majeurs de notre temps. Comme on l’a écrit sur la quatrième de couverture : “Venez faire l'état des lieux d'un monde qu’il n'a jamais été aussi urgent de décrypter.” »
Concours : tentez de remporter un exemplaire de La Guerre des voisins
Et si l'humanité tout entière partageait le même immeuble ? Chaque étage serait un continent, certains appartements seraient exposés plein sud, l'accès à l'eau courante serait inégalement réparti, il y aurait des embrouilles de voisinage, Vlad essaierait de récupérer la salle de bain de son voisin Volod sans l'accord de la copro, le président du syndic s'appellerait Donald et la chaudière serait en surchauffe.
« La Guerre des voisins », c'est avant tout une série d'actualité géopolitique publiée sur la revue Instagram Mâtin !, depuis 2022. Forte de son succès, « La Guerre des voisins » devient un album en proposant un décryptage de l'actualité internationale depuis la chute du mur porteur (NDLR : 1989) jusqu'à nos jours. Après avoir dressé un état des lieux de la situation de l'immeuble aujourd'hui, l'album propose un panorama des imbrications entre états à travers les angles économique, écologique, géopolitique, culturel et technologique. Un album pédagogique, rigoureux et hilarant.
Pour remporter l'un des cinq exemplaires du roman graphique « La Guerre des voisins », rendez-vous jusqu'au 29 janvier sur notre page Concours
Les gagnants du concours de décembre sont :
Marie-Louise Vanesse, Bruno Dupont, Naomi Chaumont, Mercedes Mauroy et Danny Bille.
Bravo à eux !
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