Une intuition mystérieuse traverse les cultures. Le divin naît petit. Nu, fragile, menacé. Symbole de lumière et de commencement, on raconte sa naissance discrète aux quatre coins de la Terre. Dans l’Antiquité romaine, une clarté jaillit d’un rocher avec Mithras, né sans parents, héritier des traditions perses et associé au Soleil invaincu. En Inde, Krishna apparaît de nuit dans une prison, déjà pourchassé par un tyran. En Égypte, le petit Horus doit être caché dans les marais pour échapper au chaos de Seth. Même le dieu grec Dionysos, deux fois né et deux fois sauvé, porte la fragilité de ses premiers instants. Il en est de même pour de nombreuses figures sacrées. Bouddha, qui n’est pas un dieu, vient au monde entouré d’une symbolique flamboyante. Sa naissance dépasse les lois ordinaires. Et puis, il y a le récit du Christ, pleinement homme et pleinement Dieu, qui apparaît dans la nudité de la crèche. Ce messie n’est pas un guerrier ou un roi, mais un enfant menacé par Hérode. Toutes ces histoires résonnent d’un même symbolisme lumineux, miraculeux, virginal : le divin s’annonce dans l’infime. L’extraordinaire se révèle dans l’ordinaire. La lumière fait toujours face à d’obscures menaces, mais rien ne semble pouvoir l’éteindre.
Les spécialistes parlent du mythe de l’enfant divin. Ces histoires ne parlent pas de cieux lointains ou d’époques révolues. Elles parlent de nous. De ce qui, en chacun, demande à naître. Ce « commencement »dont parlent les mythes n’est pas un retour en arrière vers notre passé. Le commencement, au sens symbolique, c’est notre racine : ce point intime où notre être prend source. C’est un appel à une naissance ou à une renaissance intérieure. Cette fondation de notre vie ne demande pas à être conquise. Elle n’est pas le fruit de nos efforts ou de nos mérites. Elle se reçoit. Elle se révèle lorsque nous cessons de courir après ce qui nous manque ; lorsque nous acceptons simplement de nous tenir en présence de nous-mêmes, dans notre lumière, notre vérité, même menacée. Il s’agit d’habiter pleinement ce que nous sommes déjà, à l’image d’un petit enfant qui n’a rien à prouver, rien à négocier, rien à marchander. C’est vivre en se laissant guider par son intuition la plus juste, la plus essentielle. C’est reconnaître la trace du divin en nous. L’âme gémit comme un nouveau-né et réclame notre soin. Elle demande à être bercée, choyée, et nous ramène à la sensation originelle de vivre, sans jugement, sans peur, sans culpabilité.
Et c’est peut-être là le cœur de Noël. Nous pourrions en finir avec l’idée de devenir « la meilleure version de soi-même », slogan marketing qui fatigue plus qu’il n’élève. Nous pourrions renoncer à courir après une soirée parfaite, une famille impeccable, un décor irréprochable, une avalanche de cadeaux censée combler nos manques. Certes, il n’y a pas de mal à faire la fête ! Mais Noël n’a pas vocation à nous détourner de nous-mêmes. Noël nous invite au dépouillement le plus salutaire, à la confiance en cette part de soi qui fait reculer les ténèbres. Tout au long de notre vie, nous changeons, nous nous transformons. Il est heureux que cela soit ainsi. Et pourtant, il n’y a pas de plus divine et authentique renaissance que de se tenir nu dans sa lumière originelle : au commencement de soi. Au-delà de soi. Avec les autres aussi. Car Noël, c’est d’abord une magnifique histoire d’amour.
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