Chroniqueur et humoriste, Dominique Watrin publie « L'école c'était mieux avant, sauf pour les enfants qui y étaient. » Un titre ironique qui annonce la couleur. L’humoriste démonte avec humour la nostalgie de l’école d’antan. Son constat : l’enseignement est le reflet de la société. Et si celle-ci a changé, il faut retrouver un équilibre basé sur la confiance.
Votre parcours vous a mené du journalisme à la chronique humoristique. Pourquoi ce choix ?
« J'ai travaillé cinq ou six ans comme journaliste, notamment au Soir. Mais j'ai vite ressenti les limites du métier : on est contraint par les faits, par la rapidité. J'avais envie de prendre du recul, d'observer sans ces contraintes. La chronique et le cabaret m'ont offert cette liberté. L'écriture est une arme qu'on peut dégainer dans plein de directions. »
D'où vient l'idée de ce livre ?
« C'est venu naturellement. J'observais de loin la différence entre l'enseignement que j'avais reçu et celui d'aujourd'hui. Mon titre peut être lu à deux niveaux : certains pensent vraiment que c'était mieux avant. Je constate que sur certains plans peut-être, mais sur beaucoup d'autres, absolument pas. L'enseignement est le reflet d'une époque, d'une société. Et la société a changé. »
Qu'est-ce qui a changé ?
« Tout ! Les enseignants de l'époque étaient tout-puissants, sévères. Les parents étaient soumis, ils vouaient une vénération à l'instituteur. Aujourd'hui, les parents sont devenus un peu des clients, centrés sur leur propre enfant, capables de remettre en question directement l'enseignant, parfois jusqu'à l'agression ou la plainte. Il y a une perte de confiance entre parents et enseignants. Les enfants sont maintenant pris en charge presque individuellement : dyslexie, dyscalculie... À mon époque, j'étais gaucher contrarié. On m'attachait la main gauche derrière le dossier de la chaise pour m'empêcher de l'utiliser ! C'est inimaginable aujourd'hui. »
Vous gardez de bons souvenirs de vos années à l’école ?
« C'est mitigé. On avait plus de créativité, plus de liberté dans nos jeux. Mais on était soumis à des violences qu'on n'avait pas la capacité de gérer. Je me souviens du réfectoire dans une cave, entassés comme des sardines, avec une dame qui hurlait. Rangs, silence, bras croisés. Bizarrement, même enfant, j'avais une certaine lucidité sur l'injustice de tout ça.»
Quels sont les points positifs et négatifs de l'école d'aujourd'hui ?
« Le positif : les élèves ont plus de place, on tient compte de leurs besoins. Le négatif : la pression est énorme sur les enseignants et les élèves. Les profs doivent répondre aux autorités, aux programmes, aux parents. Ils subissent une pression permanente. »
Votre message aux nouvelles générations ?
« N'oublions jamais que l'école est le reflet d'une société et d'une génération. J'aimerais qu'on retrouve un équilibre : donner un peu moins d'importance à l'enfant en tant qu'individu tout-puissant, et remettre l'accent sur la sociabilité, le partage, la tolérance. Il faut que parents, enfants et enseignants tirent dans la même direction. À un certain moment, on fait confiance ou on ne le fait pas. »
Dominique Watrin,
« L’école, c’était mieux avant (sauf pour les enfants qui y étaient) »
Editions du Basson, 164 p, 18€
En matière scolaire comme en d’autres domaines, on entend souvent dire : « C’était mieux avant ! ». À l’école, les élèves étaient plus sages et plus disciplinés, plus intelligents aussi, les instituteurs plus compétents et plus motivés, les règlements plus stricts et mieux appliqués, les matières plus instructives et mieux enseignées… Bref, c’était le paradis scolaire par comparaison avec l’enfer actuel !
De mémoire d’ex-élève repenti cependant, cet éden avait sa face cachée. Pour restituer la vraie vie de cette époque enfouie sous une couche de nostalgie, rien de tel que de raviver une volée de faits réels, simples et quotidiens, enrobée de bonne humeur mais aussi de lucidité. Et après cette plongée sans concession dans les souvenirs, la conclusion tombe comme une évidence : l’école, c’était mieux avant… sauf pour les enfants qui y étaient !
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