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Référent d’Enseignants Débutants
Entrer dans le métier sans être seul : le rôle clé des RED

Par Gérald Vanbellingen
Dossier

Chaque année, de nombreux jeunes enseignants quittent le métier dès leurs débuts. Pour enrayer la tendance, une fonction essentielle s’est installée dans les écoles secondaires : celle de RED, référent d’enseignants débutants. Véritable point d’appui pour celles et ceux qui entrent dans le métier, le RED accueille, écoute, soutient et guide. Il aide les nouveaux professeurs à surmonter les obstacles du terrain, à créer du lien avec l’équipe et à se sentir pleinement membres de la communauté éducative. Un rôle clé pour renforcer l’engagement et l’envie de rester dans la carrière.  

Les chiffres sont connus : près d’un tiers des jeunes enseignants quittent le métier dans les cinq premières années, dont plus de 20% dès la première. Et si ces moyennes cachent des réalités bien différentes en fonction du niveau d’enseignement, du type, de la région ou même de l’enseignant lui-même, elles dégagent une tendance. À savoir que les premières années font office d’étape charnière dans le monde de l’enseignement.   

Alors pour mieux accompagner les jeunes, la fonction de RED ou référent d’enseignants débutants a été mise sur pied et reconnue par décret en 2015. Un décret qui impose à chaque direction de nommer (au moins) un RED au sein de son équipe, pour faciliter l’intégration des enseignants débutants dans leur établissement.   

« Les recherches montrent que l’isolement et le manque d’appartenance sont parmi les premières causes de départs des jeunes enseignants », explique Cessidia Pacella, chef de projet RED à la CSA du secondaire du SeGEC. «Or le RED peut justement être le premier rempart contre l’isolement et le premier vecteur d’intégration des jeunes enseignants. Ce n’est pas une solution miracle, mais elle peut faire toute la différence sur le terrain.»  

Une journée RED-ED pour lancer une dynamique positive

Pour mieux comprendre cette fonction de RED, Entrées libres est allé assister à l’une des journées d’accueil des nouveaux enseignants et de leurs référents. Une journée interécoles qui vise à poser les bases d’une relation de collaboration dynamique entre les nouveaux enseignants (ED) et leur RED. Une journée basée sur le partage d’expériences concrètes, les échanges et la réflexion collective.   

«L’occasion pour les jeunes enseignants d'exprimer leurs difficultés autour de plusieurs thématiques : ma relation aux élèves, aux parents, aux collègues, au cadre institutionnel ou encore à la direction», précise Benoit Devroye, conseiller pédagogique à la Direction de l’enseignement secondaire du SeGEC. «Pour les RED et les CSA qui animent les ateliers, c’est l’occasion de donner des pistes, des outils concrets ou de partager leur expérience pour lancer une dynamique collective positive en ce début d’année.»  

Des partages d’expériences, des repères et des outils

«Je suis prof de bio et j’ai construit mes cours en insérant des courtes vidéos et des éléments interactifs pour tenter de captiver les élèves», explique un tout nouvel enseignant. «Parfois ça marche et ça instaure un bon climat, mais parfois j’ai l’impression que ça me fait perdre un peu de contrôle sur la classe. Ça me questionne donc pas mal.»  

«Un conseil que je peux te donner, c’est d’aller consulter un outil précieux qui décrit les 4 grandes postures de l’enseignant. Tu y trouveras des repères pour comprendre ces 4 postures et pouvoir passer de l’une à l’autre», lui répond un RED. «Car ce qu’il faut comprendre, c’est que ta posture peut évoluer en fonction des situations ou en fonction de ce que tu veux faire passer comme message.»  

L’après-midi, les enseignants débutants et les RED ont tout d’abord poursuivi leurs échanges autour d’un jeu de l’oie. Une belle occasion d’évoquer des termes, sigles et autres notions importantes. Comme le DIP ou document d’intentions pédagogiques, le PEQ – parcours d’enseignement qualifiant, le tronc commun, la planification ou laisser plus librement les enseignants évoquer l’ambiance au sein de leur école, la matière qu’ils préfèrent enseigner, la façon dont ils préparent leurs cours, les difficultés ressenties en ce début d’année, leur état d’esprit global aussi.   

«Une des difficultés que je ressens en classe, c’est quand un élève se braque. Je ne sais pas toujours comment le raisonner», relate une enseignante débutante. «J’essaie de le prendre à part pendant le cours et discuter, mais ça ne fonctionne pas toujours… »  

« C’est à toi de voir comment tu perçois la situation», lui répond un RED. «Si tu penses qu’il est plus opportun d’en parler tout de suite avec l’élève ou d’attendre la fin du cours. Mais il est surtout important de fixer des limites claires, d’en discuter au préalable avec la classe et de les faire respecter. Ensuite, si malheureusement ça ne marche pas, il faut aussi pouvoir se dire qu’on ne peut pas tout régler en même temps. Il faudra peut-être de l’aide d’un éducateur, d’un autre enseignant. C’est vital pour ne pas s’épuiser.»  

Ces réflexions collectives ont débouché ensuite sur des ateliers où RED et ED se sont regroupés par école. «L’idée, c’est qu’ils se mettent à imaginer un plan d’action qu’ils pourraient mettre en place au sein de leur école en matière d’accueil et d’accompagnement. Ce qui leur permettra d’explorer plus en détails encore les besoins et défis que rencontrent les enseignants débutants mais aussi les RED», explique Eléonore Stormacq, CSA pour le secondaire.  

De ces plans d’action ont émergé pas mal d’idées dont certaines se ressemblaient entre les écoles. Parmi ces idées se retrouvait le besoin pour les nouveaux enseignants de maximiser le relais des informations tant au sein de l’équipe éducative que de la direction vers les profs, de s’informer aussi par rapport aux possibilités de formation, de mettre en place un trombinoscope au sein de chaque école ou encore de créer des chartes en matière de gestion de classe, pour instaurer un climat d’apprentissage sain, par exemple. 

Les missions des RED : accueillir, accompagner, soutenir et relier

Être référent d’enseignants débutants (RED), c’est bien plus qu’accueillir un nouveau collègue. C’est l’accompagner, le soutenir et l’aider à trouver sa place dans la communauté éducative.  

« Leur mission ne se limite pas à faire visiter l’école », souligne Cessidia Pacella, chef de projet RED à la ­Cellule de soutien et d'accompagnement du secondaire (SeGEC). « Le RED est une personne ressource tout au long du début de carrière, vers qui l’enseignant peut venir lorsqu’il a des questions ou vit une situation difficile. »  

Pour Axelle Delval, CSA en Hainaut, l’essentiel est « d’offrir un temps privilégié pour se rencontrer, s’apprécier et entrer dans une véritable démarche d’accompagnement, pas seulement de transmission d’informations. »  

Pascale Sartiaux, conseillère pédagogique du secondaire, insiste sur la dimension collective de la fonction : « Soutenir le début de carrière, c’est s’appuyer sur le terrain, sur le référent de l’école, pour montrer au nouvel enseignant qu’il n’est pas seul, qu’une structure entière veille sur lui. »  

Accueillir, accompagner, écouter, guider, relier : les RED ne font pas qu’ouvrir les portes du métier, ils facilitent l’entrée des nouveaux et en renforcent l’engagement. 

Enseignants débutants ou nouveaux enseignants ?

Faut-il parler d’enseignants débutants ou de nouveaux enseignants ? Si la question peut paraître anodine, elle ne l’est pas tant que ça.  « Le mot débutant peut sembler réducteur, presque infantilisant », explique Cessidia Pacella, cheffe de projet RED à la CSA. « Certains arrivent avec une première carrière, d’autres changent d’école ou de fonction. Tous ne débutent pas dans le métier, ni dans leur carrière». L’appellation nouveaux enseignants peut donc paraître plus inclusive et valorisante. Surtout qu’avec les évolutions du métier, beaucoup d’enseignants expérimentés aborderont de nouveaux cours ou endosseront de nouvelles postures. «On avait même envisagé de renommer les RED (référents d’enseignants débutants) en REN (référents de nouveaux enseignants) mais on a abandonné l’idée car — le sigle sonnait moins bien. » 

Comme être RED, c’est aussi se former, retrouvez toutes les informations liées aux formations possibles plus bas sur cette page. 

Premiers pas dans le métier, premières impressions

Lors de la journée d'accueil des nouveaux enseignants et de leurs référents (RED-ED), plusieurs enseignants débutants nous ont partagé leurs impressions sur le métier, sur la journée et les liens créés avec leur RED. Des témoignages qui révèlent des besoins similaires: être accompagné, pouvoir échanger entre pairs et se sentir soutenu dans leurs débuts de carrière.  

Pour Zineb Ar Nami, professeure de néerlandais au Centre scolaire Sainte-Marie La Sagesse à Schaerbeek, la rentrée fut une « agréable surprise » malgré ses appréhensions. Pour le début de sa première expérience, elle a bénéficié d«un très bon accueil au sein de l’équipe, avec de l’entraide, beaucoup de conseils et de nombreuses réunions sur le temps de midi pour évoquer des thèmes divers ». Sur les six classes dont elle a la charge, l'une lui « résiste encore », mais c'est collectivement que l'équipe cherche des solutions. La concertation et l’entraide ont renforcé son intégration et son sentiment d’appartenance à l’équipe.  

«J’ai aussi découvert le rôle du RED et ça a été un soulagement. Je pensais être livrée à moi-même. Finalement, j’ai une personne à l’écoute qui m’aide à relativiser et à accepter de ne pas être parfaite. Cela m’enlève un peu de pression inutile.» De cette journée de formation RED-ED, Zineb Ar Nami repart avec des outils pratiques à expérimenter en classe et surtout le sentiment rassurant «de ne pas être seule à débuter dans le métier.» 

Zineb Ar Nami
Zineb Ar Nami

Au Collège Saint-Pierre de Jette, Amélia Ruth et Julie Maréchal entament leur deuxième année d’enseignement. Amélia, professeure d’arts d’expression, a eu la chance de rester dans la même école et se sent plus sûre d’elle cette année : « J’ai conservé mes cours et je peux les faire évoluer. » Julie, elle, a changé d’école après une première année morcelée. Elle parle d’une « nouvelle aventure » qu’elle aborde avec optimisme.  

Pour toutes les deux, leur RED est une présence précieuse. Amélia le voit comme « un repère qui centralise les informations et les démarches. » Julie apprécie « le suivi en temps réel » qui rassure les jeunes professeurs. La formation leur a permis de prendre du recul. Amélia s’y est sentie confortée dans ses pratiques, tandis que Julie a pu échanger autour d’une thématique qui lui tient à cœur: l’accueil réservé aux nouveaux enseignants. 

Amélia Ruth et Julie Maréchal
Amélia Ruth et Julie Maréchal

Après des études de droit, Joseph Muyaneza, fraîchement arrivé au Centre scolaire Sainte-Marie La Sagesse de Schaerbeek, a découvert le métier « sur le tas ». «Je suis arrivé le 8 septembre et la première semaine a été très dure», raconte-t-il. «J’ai dû découvrir le métier, les programmes de français et de religion et construire mes cours dans la foulée. Depuis, les choses vont mieux et je commence à trouver mes repères », tant au sein de l’équipe qu’avec les élèves, où son expérience dans le scoutisme l’aide à gérer son attitude face aux élèves. La formation RED-ED l’a conforté dans cette vision positive. « Nous réalisons que nous ne sommes pas seuls face aux difficultés. Quand nous arrivons comme moi, nous avons peur de nous faire littéralement dévorer. Les conseils et les outils partagés vont m’aider, notamment, à mieux gérer mes classes. »  

Joseph Muyaneza
Joseph Muyaneza

« Entourer les jeunes enseignants de bienveillance, dès qu’ils s’engagent »

Et si la clé d’un bon départ dans l’enseignement résidait dans la bienveillance ? À l’Institut Sainte-Marie de Rêves, on en a fait le pari depuis quelques années. Avec non pas un référent d’enseignants débutants (RED), mais une vraie petite structure composée de 4 enseignantes. Des forces vives complétées par une volonté d’informer et de guider les nouveaux dès leur premier jour.

« Accueillir les nouveaux dans les meilleures conditions, c’est très important pour moi », explique d’entrée Vinciane Jacques, directrice du secondaire de l’Institut Sainte-Marie à Rêves. « Nous avons mis en place une série de mesures dès l’engagement. Les nouveaux enseignants reçoivent un long mail avec des infos pratiques et concrètes. L’idée, c’est de leur donner immédiatement tout en mains pour les rassurer sur les aspects administratifs, informatiques, les personnes à contacter, etc. »   

En plus de ce mail, leur arrivée à l’école est accompagnée d’une réunion d’accueil qui se tient avant la rentrée, d’une brochure « Mes premiers pas à Sainte-Marie » et d’un guide d’une vingtaine de pages articulé en sept thèmes. Avec le plan de l’école, l’organisation de la journée, l’équipe enseignante, la vie de l’école, le système d’évaluation propre à l’établissement, la plateforme Cabanga (qui centralise les aspects liés à la pédagogie et à la communication), la discipline et l’orientation.   

Au-delà de ces supports, l’école Sainte-Marie dispose d’un autre atout : une équipe de quatre RED constituée de deux enseignantes jeunes dans le métier et deux plus expérimentées. « Cette année, nous avons dix nouveaux enseignants sur 89», poursuit la directrice. «Grâce à notre équipe de RED, le contact s’établit plus facilement. Pour moi, c’est une aide précieuse qui permet d’envelopper les enseignants de bienveillance dès leur arrivée, d’éviter les questions sans réponse et de les informer efficacement. Je précise que nos RED s’engagent sur base bénévole et volontaire, ils signent d’ailleurs une lettre de mission. »   

Les RED accompagnent ensuite les nouveaux tout au long de l’année via des observations en classe, des échanges réguliers ou un groupe WhatsApp dédié. « L’équipe fonctionne en autonomie, dans un esprit constructif et elle ne revient vers moi qu’en cas d’urgence », ajoute encore Vinciane Jacques.   

Une équipe de 4 RED bénévoles

« Je suis devenue RED il y a quatre ans », raconte Laura Salien. « À mes débuts, je partageais mon temps entre cette école et une autre dans laquelle je n’ai pas bien vécu mon arrivée. Ici, j’ai trouvé un aspect familial que j’ai voulu préserver. »   

Un esprit familial et humain qui est au centre de la mission des RED. « Notre mission apporte convivialité et entraide», complètent les autres RED. «On insiste sur l’aspect humain du métier, sur le sentiment d’être intégré dès le premier jour. Ça nous "oblige" à faire preuve de bienveillance, à repenser à nos propres débuts et à relancer certains projets. Sans oublier que le partage va aussi dans l’autre sens : on reçoit plein d’idées nouvelles en retour qu’on peut exploiter en classe. »   

Seule ombre au tableau, le contexte morose de l’enseignement. « Toutes ces mesures négatives, comme le passage à 22 heures, fragilisent notre métier et découragent dans notre mission de RED. On fait tout pour que les nouveaux se sentent bien chez nous, mais on sait qu’une partie d’entre eux finira par partir. C’est un triste constat, mais contre lequel on ne peut pas grand-chose. »   

Référent d’enseignants débutants, un rôle clé pour donner envie de rester dans le métier

Professeur de français et référent d’enseignants débutants au Collège Saint-Stanislas à Mons, Vincent Dogimont met son expérience au service de celles et ceux qui commencent dans le métier ou qui arrivent dans son école. Avec bienveillance, sans jugement, il se veut un point d’appui, une écoute et un créateur de lien. Un rôle qui consiste à offrir à ces nouvelles têtes un accompagnement et une aide dont il n’a pas bénéficié au début de sa carrière. Un investissement conséquent, mais qui fait sens et le motive au quotidien 

Carrière

Le jour où j’ai décidé d’être prof : 

« Après mes humanités, je savais déjà que je voulais enseigner. Mais à l’époque, j’hésitais entre le français et l’histoire. Je me suis alors lancé dans un régendat français-histoire et je me suis dit que je voulais travailler avec des jeunes adolescents, à l’entrée du secondaire – ce moment où tout est encore possible où les jeunes se cherchent et ont besoin d’adultes qui les écoutent. Et en dernière année, j’ai eu la chance de faire mes stages au Collège Saint-Stanislas à Mons. Je ne connaissais pas du tout l’école, ni les Jésuites. Et pourtant, je m’y suis senti tout de suite très bien. Après mes stages, le directeur m’a dit : “Ne prends rien ailleurs, tu commenceras chez nous, mais en octobre.” C’était il y a 34 ans et je n’ai jamais quitté cette école depuis.Au début, je donnais des cours de français et d’EDM. Ensuite, je me suis progressivement tourné vers le français et l’expression orale.»  

Le jour où je suis devenu RED– référent d’enseignants débutants:   

« Je suis devenu RED un peu par hasard, il y a environ six ou sept ans. Lors d’une réunion sur le plan de pilotage, chacun des 8 membres du comité devait choisir un objectif dans lequel s’investir, et il restait celui de l’accompagnement des jeunes enseignants. La direction m’a regardé et m’a dit : “Vincent, on te verrait bien là-dedans.” J’ai accepté, sans vraiment savoir où je mettais les pieds. Je trouvais la mission très utile car moi, à mes débuts, je n’avais eu aucun accompagnement, aucune aide pour gérer une classe. J’avais dû me former seul, parfois à mes frais, dans des structures privées. Alors, pouvoir offrir aux autres ce que je n’avais pas eu, ça me parlait. Une fonction que j’ai découverte et pour laquelle je me suis formé et continue de me former.C’est un rôle très important pour moi, surtout au vu du contexte de pénurie que l’on connaît. Il faut pouvoir garder les jeunes qui se lancent et mettre tout en place pour entretenir leur flamme.»  

Epanouissement

Les différentes facettes de mon rôle de RED:   

« En tant que RED, j’accueille et accompagne chaque année une dizaine de nouveaux enseignants environ. Parfois pour quelques semaines, parfois pour plusieurs mois, cela varie beaucoup. Cette année, j’ai déjà vu 12 nouvelles têtes. Et mon rôle avec eux s’étend bien au-delà du simple “tour de l’école” de la rentrée, c’est un accompagnement continu. J’observe des cours, je propose du coaching, j’organise des moments d’échange informels – un repas, une discussion autour d’un café – pour que chacun puisse exprimer ses doutes comme ses réussites. L’idée pour moi, c’est aussi de créer un climat de confiance. Ils savent qu’ils peuvent m’appeler, m’envoyer un mail ou venir me voir à tout moment. J’essaie alors soit de les aider, soit de les aiguiller au mieux en fonction de leurs demandes. Enfin, je remplis aussi un rôle d’intégration, à la fois dans le projet de l’école, dans la vie de l’école, au niveau de la coordination de branches de manière plus spécifique, ainsi qu’au sein de l’équipe éducative en général. Cela peut faciliter la communication entre ces nouveaux et des éducateurs. Ainsi, ils peuvent avoir des retours du type: “Fais attention à tel élève qui est un peu en souffrance dans cette classe” ou “Il s’est passé ça récemment, tiens-en peut-être compte, etc.” J’aide en réalité les nouveaux enseignants à créer du lien au sein de notre école,ce qui n’est pas toujours évident. Je prends l’exemple d’une jeune prof de langues qui n’est là que 4 heures par semaine chez nous. Pour qu’elle puisse simplement discuter avec moi ou les collègues, ce n’est pas toujours simple.»  

 

Ce que je mets en place dans la pratique :  

« Chaque nouvel enseignant reçoit une farde d’accueil que je veux aussi complète que possible. Ils y retrouvent des infos sur l’école, sur le bulletin numérique, le déroulement des réunions de parents, la gestion de classe, jusqu’à des consignes pratiques pour le matériel ou les règles de sécurité. J’observe aussi leurs premiers cours : la posture, la voix, le placement des élèves, la gestion du temps. De petites choses qui changent tout, comme ne pas tourner le dos à la classe, poser sa voix sans crier, savoir repérer un élève dominant… Je propose des exercices de théâtre ou de mise en voix – j’ai moi-même suivi une formation avec une comédienne. Parce qu’apprendre à “ tenir ” une classe, c’est aussi apprendre à habiter l’espace. Et surtout, je veille à ne jamais juger : j’écoute, je conseille, j’encourage. Enfin, j’aime créer du lien en dehors des cours : des formations, des rencontres interécoles, voire une sortie culturelle à Mons. Ces moments hors cadre libèrent la parole et renforcent l’appartenance à une communauté. »  

Et si?

Mes premières décisions si je devenais ministre de ­l’Éducation  

« De manière générale, je lancerais d’abord une grande campagne de sensibilisation pour revaloriser le métier d’enseignant. Avant de multiplier les réformes, il faut redonner envie d’enseigner. Or ici, c’est un peu l’inverse qui se produit: on crée un tronc commun, mais sans avoir un vivier d’enseignants formés en suffisance. En ce qui concerne plus spécifiquement ma fonction de RED, je constate qu’on accueille de plus en plus de personnes issues de reconversion ou de l’université. Je sens ça beaucoup avec des jeunes interprètes ou traducteurs qui n'ont jamais donné cours. Il faut leur donner des clés sur la manière de se comporter en classe, comment capter l’attention, poser sa voix, etc. Sans ces repères, cela peut être l'enfer pour eux. De mon point de vue, cette absence de formation pédagogique n’est pas forcément un problème en soi, mais cela demande un accompagnement énorme, qui dépasse souvent notre rôle de référent. Si j’étais ministre, je renforcerais donc d’une part l’image du métier avec une grande campagne de sensibilisation et je donnerais des périodes aux RED, d'autre part. Accompagner un enseignant, c’est du temps, de l’écoute, de la présence. Et c’est un temps qu’on néglige souvent dans nos horaires. »  

Difficultés

Les défis de la mission de RED:   

« Il y en a pas mal. En premier lieu, comme certains enseignants ne sont là que pour une courte période ou qu’ils se partagent entre plusieurs écoles, l’accompagnement n’est pas toujours évident à mettre sur pied. J’essaie alors de me focaliser sur certains aspects prioritaires du métier. Une autre difficulté, c’est celle liée à l’avenir du métier. Entre les réformes, le manque de stabilité, les fermetures de sections pédagogiques, on ne sait plus trop vers où on va. Les jeunes enseignants se questionnent beaucoup et ont besoin d’être rassurés. Surtout lorsqu’on voit partir certains qu’on a soutenus, formés et qui perdent leurs heures à cause du système, c’est très frustrant. Mais d’un côté, je me dis que ce que j’ai pu leur transmettre leur servira ailleurs. Enfin, il y a la charge de travail liée à la fonction de RED. Aujourd’hui, je bénéficie de deux heures, ce qui reste symbolique. Pendant plusieurs années, j’ai exercé cette fonction sans qu’on m’en donne réellement. Malgré tout, ce rôle me passionne. Il me permet de donner du sens à mon expérience, de partager, d’aider les autres à trouver leur place. Ma direction compte beaucoup sur moi pour accueillir et accompagner les nouveaux tout au long de l’année.  Alors c’est beaucoup de travail, mais quand je vois un jeune prof qui, après une première année difficile, me dit : “Je sais que c’est ce métier que je veux faire.”, je me dis que tout ça en vaut la peine.»   

Chaque mois, Entrées libres part à la rencontre d’un enseignant de notre réseau et lui soumet à son tour un devoir : notre questionnaire de Proust ou plutôt de profs ! La façon d’enseigner d’un(e) de vos collègues vous inspire et vous vous dites qu’il ou elle mériterait d’être plus (re)connu(e) ? Contactez-nous : redaction@entrees-libres.be 

Prof pour adultes : un métier où tout est à réapprendre

L’enseignement pour adultes compte près de 2 000 enseignants et experts. Parmi eux, une centaine de nouvelles têtes chaque année. Pour les aider à trouver leur place, la Direction de l’enseignement pour adultes du SeGEC a développé un dispositif construit autour de temps forts : repères, échanges, formations et accompagnement à la demande. 

« La plupart des enseignants qui se lancent dans l’enseignement pour adultes, n’ont souvent pas une idée précise de cette réalité, contrairement à ceux de l’obligatoire. Pour beaucoup, c’est un monde nouveau. Pour les enseignants issus du secondaire, il s’agit de découvrir de nouveaux programmes, un public différent et un système modulaire en unités d’enseignement, ce qui nécessite pas mal d’adaptations. Pour les enseignants sous statut d’experts – issus du monde professionnel – ce n’est pas toujours évident », explique Mathieu Pouillon, conseiller à la Direction de l’enseignement pour adultes du SeGEC. « Notre rôle, avec mon collègue Pierrick (Lust), est de les aider à trouver leur place et à comprendre la logique de l’enseignement pour adultes. »   

Pour soutenir ces enseignants venus d’horizons variés, un dispositif d’accueil et d’accompagnement a été mis en place. Deux visioconférences annuelles, en octobre et en février, présentent les bases du système : missions du réseau, organisation modulaire, andragogie, dossiers pédagogiques, évaluation par acquis d’apprentissage, ou encore gestion de la « part d’autonomie » qui offre la liberté de mener projets remédiations ou activités hors programme. « Une dimension dont nos enseignants ne se rendent pas toujours compte. Il faut donc les rassurer, mais aussi les inciter à se lancer.»   

Des relais dans les écoles pour bâtir une communauté

À ces deux séances s’ajoutent trois matinées de formation en présentiel axées sur l’andragogie – l’enseignement aux adultes. Ces moments permettent aux nouveaux professeurs de poser leurs questions, d’échanger avec des pairs et de comprendre les spécificités d’un public adulte. « La gestion de classe pose souvent moins de difficultés que dans l’obligatoire, car les apprenants sont présents par choix, même si leur profil est très hétérogène», continue Mathieu Pouillon. «On observe toutefois de plus en plus de personnes qui s’inscrivent en raison de contraintes externes, notamment liées au chômage, ce qui pose davantage de difficultés. »   

L’accompagnement ne s’arrête pas là. Les conseillers pédagogiques interviennent aussi au sein des établissements, à la demande. « Il arrive qu’une école engage beaucoup de nouveaux enseignants et nous demande de l’aide. On se rend alors sur place et on adapte notre formation à ses besoins. Certaines écoles ont aussi mis sur pied des formations internes pour accueillir leurs nouveaux profs, mais ce sont généralement les plus grandes. Pour aider chaque établissement à structurer ses pratiques, on réfléchit à les soutenir via un module de formation continue sur le tutorat et les procédures d’intégration des nouveaux. Cela renforcerait le sentiment d’appartenance des enseignants, ce qui n’est pas toujours facile au vu de l’organisation générale de l’enseignement pour adultes», conclut Mathieu Pouillon.   

Être RED, c'est aussi se former

Si les démarches d’accueil et d’accompagnement déployés par les référents d’enseignants débutants (RED) peuvent se colorer en fonction de la réalité et des moyens accordés dans chaque école, la Cellule de soutien et d’accompagnement (CSA) ainsi que l’Institut de formation de l’enseignement catholique (IFEC) leur proposent d’être accompagnés et formés dans cette mission. Petit zoom sur des possibilités qui s’offrent à vous. 

Le dispositif NEST pour construire une culture de l'accompagnement

Le dispositif NEST, relancé récemment par l’IFEC, vise à former des référents capables d’accompagner les jeunes enseignants dans leur entrée dans le métier. Né d’un projet européen mené en partenariat avec Teach for Belgium, il repose sur une conviction forte : l’accueil et le suivi des débutants doivent être structurés, outillés et incarnés par des personnes identifiées dans les écoles.   

Le parcours, étalé sur deux ans, propose une formation centrée sur la posture professionnelle, la communication, l’accompagnement et les besoins des enseignants débutants. Il est animé par des formateurs internes et des formatrices de Teach for Belgium, qui apportent leur expertise et leurs outils.   

Ce dispositif contribue à donner corps et légitimité aux RED. Il permet aux écoles de mieux accueillir, soutenir et fidéliser leurs enseignants, en créant du lien durable entre formation, terrain et accompagnement. Un levier essentiel pour renforcer la qualité de l’enseignement et le bien-être des équipes.

Plus d’infos: le.segec.be/IFEC_NEST   

Débuter dans le spécialisé via un parcours de deux ans

Depuis 2018, l’IFEC propose un parcours d’accueil sur deux ans pour les enseignants débutants dans l’enseignement spécialisé. Ce dispositif répond aux défis rencontrés par les jeunes enseignants, souvent peu préparés à la diversité des contextes du spécialisé. Il combine un tronc commun obligatoire et des cafés pédagogiques thématiques. Pour aborder des thèmes comme la gestion de classe, les comportements difficiles, les balises pédagogiques, le PIA (plan individuel d'apprentissage), les SSAS (structure scolaire d’aide à la socialisation), le PEQ (parcours d'enseignement qualifiant) ou encore l’usage du numérique avec des élèves à besoins spécifiques. Les contenus ont été créés à la fois par l’équipe de l’IFEC ainsi que les CSA de l’enseignement spécialisé. Ce parcours favorise également la création de communautés de pratiques où les enseignants échangent, partagent leurs outils et trouvent un soutien précieux. Validé par les directions, il reste accessible même en cas de changement d’école.    

Plus d’infos via le catalogue de l’IFEC: le.segec.be/IFEC_EDS   

« Être RED : les ressources et le réseau de la CSA »

Pour tout savoir sur la fonction de RED, la page de la CSA de l’enseignement secondaire constitue un excellent point de départ. Vous y retrouvez l’ensemble des informations qui vous permettront de mieux comprendre ce que vous pouvez mettre en place au sein de votre école. Vous y retrouverez également des outils comme une brochure «Être référent d’enseignants débutants» qui reprend les grandes missions de la fonction.  

La brochure: «Être référent d’enseignants débutants»: le.segec.be/RED_Brochure 

La CSA vous propose également une mise en réseau destinée à vous soutenir sur le terrain. Concrètement, vous pourrez vous rencontrer, partager vos expériences et coconstruire des outils. Trois journées sont prévues à cet effet - par CoDiEC - au cours de l’année scolaire à venir.  Un accompagnement collectif qui peut être prolongé par de l’accompagnement individuel, sur demande auprès de la CSA.   

La page de la CSA du secondaire: le.segec.be/CSA_RED  

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