Accueillir, c’est la première forme de bienveillance que l’on peut offrir à un collègue qui débute dans le métier ou qui rejoint une nouvelle équipe. Pour celui ou celle qui arrive, tout est à découvrir : une culture d’école avec ses repères, ses visages, ses habitudes. Il faut aussi apprivoiser des aspects concrets : les bâtiments parfois labyrinthiques, les outils numériques, les pannes à répétition de la photocopieuse, les réalités administratives, tous ces usages auxquels les anciens ne pensent même plus, tant ils font partie du quotidien. À cela s’ajoute l’immense tâche de découvrir et de gérer ses classes, de préparer ses cours, de corriger, de prendre part pour la première fois à des conseils de classe ou à des réunions de parents. Les premiers mois peuvent être particulièrement éprouvants. Il faut penser à tout, tout noter, tout retenir. Sans compter le stress de bien faire, de plaire et l’envie de conserver son poste. Un professeur isolé ne peut pas vivre cette aventure sereinement. L’accueil n’est donc pas qu’une formule de politesse. Il s’agit d’aller à la rencontre des nouveaux et de leurs besoins. Les écouter, leur donner des repères, les rassurer, leur montrer qu’ils peuvent poser des questions sans crainte. Une simple assemblée générale truffée d’acronymes et de jargon pédagogique a de quoi faire perdre la tête. Accueillir, c’est se mettre à la place de l’autre et se souvenir de ce que nous avons ressenti à nos débuts.
Transmettre, c’est prolonger cet accueil dans le temps. La mission d’accompagner les nouveaux n’appartient pas qu’à la direction. En tant que collègues, nous avons une responsabilité de passeurs. Nous sommes les héritiers de ceux qui nous ont précédés et, à notre tour, nous témoignons de ce que nous savons, mais aussi de ce que nous vivons. C’est un lien vivant. Cela passe par des gestes concrets : partager des séquences de cours ou du matériel, confier ses petites astuces éducatives, inviter à participer à un projet. Nous aussi, nous avons eu besoin que des anciens nous mettent le pied à l’étrier. Nous assurons ainsi la continuité de ce qui existe : projets de voyage, retraites scolaires, actions solidaires, traditions pédagogiques et moments de convivialité. Ces initiatives permettent à chacun de trouver sa place. Transmettre, c’est rayonner de ce qui nous anime dans ce métier, qui est une vocation. Nous offrons à l’autre nos valeurs, nos expériences, nos convictions pédagogiques. C’est donner le goût de poursuivre l’œuvre éducative, au-delà de soi.
Recevoir, enfin, est également une dimension essentielle de la relation entre anciens et nouveaux. L’accueil ne peut pas se vivre à sens unique. Il serait dommage que les anciens négligent cette attitude de réciprocité. Il est important de s’ouvrir à ce que les nouveaux peuvent nous apporter. Leur regard neuf, leur enthousiasme, leurs idées différentes ou originales peuvent bousculer notre zone de confort. Leur zèle, parfois maladroit, peut heurter notre ego. Mais ayons la sagesse d’accueillir leur passion dans un métier où la routine guette. Forts de leur expérience, les anciens peuvent tempérer, orienter, poser des repères. Quant à eux, les nouveaux peuvent poser un regard frais sur nos pratiques, redonner du souffle, élargir les horizons. Soyons prêts à recevoir ce qu’ils ont à nous apprendre. Recevoir, c’est accepter d’être soi-même renouvelé par l’autre. La richesse d’une école se trouve dans cette capacité à se réinventer, dans une tradition assumée mais toujours en mouvement. Réjouissons-nous ! Nouveaux ou anciens, nous œuvrons humblement au cœur de l’humain.
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