L’actualité dans le secteur de l’enseignement est sans nul doute l’avenir du tronc commun. Le 11 septembre dernier, le SeGEC organisait une conférence de presse afin d’exhorter le gouvernement à lever le flou à ce sujet. La Fédération des associations de directions de l’enseignement catholique (Féadi) emboitait le pas en adressant un courrier à la ministre Glatigny. Il y a urgence, pour les directions, les enseignants, les élèves.
Pour un public non-averti, parler d’urgence alors que le tronc commun n’arrive qu’en 2026 en secondaire et que la 3e secondaire, autre nœud, ne sera concernée qu’en 2028, peut paraître quelque peu particulier. Derrière ces dates, se cachent une anticipation et une préparation importante pour les directions d’école. Alain Koeune, président de la Féadi, fait le point pour Entrées libres.
Le fait marquant et inédit est que le courrier de la Féadi a été cosigné par des fédérations de directions d’autres réseaux. « C'est la première fois qu'il y a un communiqué commun. Souvent, les sujets concernent un des réseaux et ne sont pas nécessairement communs. Ici, on s'est rendu compte que les difficultés et les inquiétudes par rapport au tronc commun sont vécues également par nos collègues de l'officiel et de la Felsi. Le mécontentement, parce qu'on peut vraiment parler de grand mécontentement par rapport à la situation actuelle et au manque de décision, touche toutes les directions », entame Alain Koeune.
Il y a une réelle inquiétude dans le personnel
Le flou à l’origine de la grogne
« L’origine de ce mécontentement est la remise en question continuelle de politiques qui étaient établies pour de nombreuses années (NDLR : le Pacte pour un Enseignement d’excellence) et qui n’étaient pas censées bouger. Les directions se préparent progressivement depuis des années à l’arrivée du tronc commun. Enfin, un cadre avait été établi, prévu jusqu’en 3e secondaire. Et depuis l’arrivée de ce gouvernement, la ministre fait planer des doutes continuels. On le fait ? On ne le fait pas ? On le fait peut-être ? On ramène également l’idée d’activités orientantes mais on ne sait pas très bien lesquelles. Certes, le tronc commun ne faisait pas l’unanimité mais une ligne de conduite avait été tracée. »
Tous ces éléments rendent le quotidien des directions très inconfortable. Pour le SeGEC et la Féadi, il y a urgence à lever le brouillard autour de tronc commun. « La colère est bien là », poursuit le président de la Féadi. « Le tronc commun est un vrai bouleversement. Nous sommes face à un changement radical de vision pédagogique, de programmes et, pour certaines écoles, d’organisation en termes de matériel et de structure. Tout cela ne se prépare pas la veille de la rentrée. »
Si les écoles vont connaître un profond changement, les enseignants vont également devoir appréhender celui-ci. « De nouveau, ce n’est pas quelque chose qui se met en route deux semaines avant la rentrée. C’est un changement de posture, de pédagogie, de contenus qui nécessite information et formation », appuie Alain Koeune. Pour preuve, la Direction de l’enseignement secondaire du SeGEC a organisé des ateliers du tronc commun de janvier à mai 2025 pour informer plus de 7000 enseignants sur les tenants et aboutissants de la réforme.
« Tout cela est donc en route depuis l’an passé et maintenant on nous dit que même pour la 1re et la 2e secondaires des changements sont en cours », se désole M. Koeune. « Pour nous, c’est déjà trop tard pour revoir la structure de la 1re secondaire. »
« Il y a des nouveaux cours qui apparaissent avec le tronc commun, dont FMTTN (formation manuelle, technique, technologique et numérique). À l’heure actuelle, on ne sait toujours pas qui pourra donner ce cours, et donc qui doit être formé, alors qu’il est essentiel dans le cadre de l’ouverture technologique. Idem pour le cours d’éducation culturelle et artistique. Le cours de latin va disparaître des grilles de 1re. Que fait-on avec les profs qui avaient des heures en 1re ? Dans les écoles plutôt orientées vers le qualifiant, il y avait des activités complémentaires en 1re et 2e. Elles sont amenées à disparaître. Ces professeurs pourraient se reconvertir pour donner les cours de FMTTN. Cela nécessite des formations mais on n’en sait pas plus… C’est une réelle inquiétude au sein des membres du personnel. »
Ça, c’est pour les inquiétudes pour les deux premières années. Malgré une arrivée en 2028, le flou persistant autour de la 3e alarme les directions. « Il va y avoir deux phénomènes, d’une part pour les écoles d’enseignement général, d’autre part pour les écoles d’enseignement qualifiant », explique Alain Koeune. « Les cours de FMTTN qui vont arriver dans les écoles ayant uniquement du général vont engendrer un besoin en équipement matériel. De plus, il y a la question du nombre d’élèves. Il est possible que ces écoles accueillent une population en 3e qui soit plus importante demain qu’aujourd’hui puisque les élèves ne seront plus réorientés. La question de cet accueil se pose. On peut aussi citer les écoles qui organisent un DOA (degré d’observation autonome) pour les 2 premières années. Comment intégrer une 3e année ? »
Ces questionnements logistiques et infrastructurels doivent être anticipés et préparés. « Toute une série d’écoles ont engagé des travaux parfois importants. Ce n’est pas quelque chose qu’on décide du jour au lendemain. »
D’importantes inquiétudes dans le qualifiant
Le second phénomène concerne les écoles qualifiantes. « C’est l’autre pan qui est encore plus inquiétant », avertit le président de la Féadi. Ces établissements sont déjà touchés de plein fouet par des mesures comme la suppression des 7TQ, la diminution des moyens de 3% et par la restructuration des options. Celles-ci avaient donné lieu à un rassemblement inédit de plus de 300 directions au cabinet de la ministre Glatigny en décembre 2024. « À cela s’ajoute le risque pour ces écoles de se voir privées d’un certain nombre d’élèves. La question se pose donc dans l’autre sens. Que fait-on avec des frais fixes, des subsides qui diminuent alors qu’il y a peut-être des emprunts à rembourser ? »
D’autres défis à venir s’ajoutent à l’équation dont la dénatalité. « Et j’ajoute à tous ces effets cumulés, le besoin de lever les incertitudes sur l’après-tronc commun. On ne sait pas encore de quoi il sera fait », conclut Alain Koeune.
On l’aura compris, derrière l’arrivée du tronc commun en secondaire se cachent de nombreux préparatifs qui doivent être anticipés et préparés sereinement. Une sérénité que ne retrouvent actuellement pas les directions d’école.
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