Comment raconter la vie de quelqu’un d’autre avec justesse et sensibilité ? Maximilien, malvoyant, et Jérémy affrontent les pistes comme la vie : avec courage et complicité. De Bruxelles à la Slovénie, Marie d’Otreppe a capté leurs voix, leurs rires et leurs défis, pour composer un récit vivant où aventure, complicité et résilience se croisent comme dans un slalom à deux.
Comment l’idée de ce livre est-elle née ?
« J’étais au Live Magazine aux Beaux-Arts à Bruxelles avec mes enfants, et j'ai vu Maximilien et Jérémy sur scène. Leur histoire m'a tout de suite intriguée - ce duo avait quelque chose d'assez romanesque. C'est vraiment la première fois que je me suis dit "je vais écrire un livre".»
Comment avez-vous récolté leurs témoignages ?
« Lorsque je les ai contactés, ils étaient déjà partis en entrainement. Impossible de les capter à Bruxelles. On s’est donc appelé plusieurs fois par Teams. Puis je les ai rejoints en Slovénie pour une compétition. On passait 24h sur 24 ensemble. On était dans le même hôtel donc on passait nos journées et nos soirées ensemble. Le matin, je me levais avec eux, on préparait les skis et on montait au sommet. Je chaussais mes skis aussi pour les suivre, enfin, pour essayer de les suivre. C'était aussi un chouette moment parce que ça nous a beaucoup rapprochés et j'ai pu vraiment entrer dans l'intimité de ce duo. »
Pourquoi ce choix narratif de les faire parler directement ?
« Ils m’ont raconté leurs débuts de manière très vivante, parfois l'un raconte puis l'autre complète. C'était comme un carnet de bord avec des dialogues entre eux. J'ai essayé d'écrire en "il" au début, mais c'était super lourd, je n’arrivais pas à incarner quelqu'un. Le récit choral s'est imposé naturellement. Et puis, j'ai trouvé que ces deux voix qui se croisent, ça faisait un peu comme un slalom à deux en ski ! »
N'était-ce pas compliqué de « rentrer dans leur tête » ?
« C'était l'exercice le plus difficile, surtout pour parler de la maladie de Maximilien. Les premières pages que j'ai envoyées concernaient justement son adolescence et le début de sa maladie. Je lui ai dit : "Si je suis à côté de la plaque, dis-le‑moi." Quelques jours après - il fallait que sa femme lui fasse la lecture - il m'a fait un retour super ému, il s'est reconnu et m'a dit de continuer. J'avais un syndrome de l'imposteur indécrottable, alors ces retours me rassuraient énormément. »
Qu'est-ce que vous retenez de cette aventure ?
« D'abord, la chance qu'on a de pouvoir faire tous les gestes du quotidien sans se poser de question. Quand on voit toutes les embûches que rencontre Maximilien alors qu'il ne se plaint jamais, on mesure cette richesse qu'on a sans s'en apercevoir. Et puis personnellement, ça m'a aidée à passer au-dessus de cette recherche de perfection qui paralyse souvent les journalistes. Voir mon travail valorisé par une maison d'édition m'a réconciliée avec l'écriture. »
Comment définiriez-vous votre livre ?
« C'est un récit d'aventure, un récit d'amitié, et une leçon de résilience - même si je n’aime pas trop ce mot qu'on utilise à tort et à travers. Mais là, il n'est pas usurpé. Ce qui m'a marqué chez Maximilien, c'est qu'à 15 ans, quand on lui a appris sa maladie, il s'est dit : "Je ne vais pas laisser cette maladie me saboter ma vie." À cet âge, on aurait tous réagi différemment. »
Et ce travail d'écriture vous a-t-il plu ?
« Ça a été à la fois très difficile - un vrai accouchement – et passionnant. J'ai redécouvert le plaisir d'écrire, même si je ne partais pas dans des envolées littéraires. Le plus dur, c'était d'écrire l'histoire de quelqu'un d'autre avec cette question de légitimité. Mais avec un peu de recul, j'ai apprécié cet exercice. Si l'occasion se représente, pourquoi pas... mais avec plus de temps ! »
Marie d’Otreppe
« Voir plus loin »
Editions Racine, 224 p., 22,95€
« Ton handicap ne te définit pas. Ce sont tes actes qui le font. »
Quand Maximilien apprend à 15 ans qu'il est atteint d'une maladie oculaire dégénérative, il fait un choix : ne pas laisser ce diagnostic dicter sa vie. Avec son ami Jérémy, ils transforment cette épreuve en défi. Quelques années plus tard, les voilà engagés ensemble dans le paraski élite, déterminés à se hisser jusqu'aux Jeux paralympiques.
Ce récit retrace leur parcours, de l'adolescence à la compétition internationale. Une aventure fondée sur la résilience, la confiance et une amitié indéfectible. C'est aussi l'histoire d'un duo qui apprend à skier autrement, développe un langage codé pour affronter la pente, organise sa vie autour de l'entraînement, et transforme chaque obstacle en moteur.
Voir plus loin est bien plus qu'un témoignage sportif : c'est un message d'espoir pour celles et ceux qui refusent de se définir par leurs limites.
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