À chaque sortie, ils font couler beaucoup d’encre. Entre celles et ceux qui voient le verre à moitié vide et les autres qui le voient à moitié plein, cette année n’a pas dérogé à la règle. Les résultats des tests PISA 2025 ont une nouvelle fois agité le lanterneau politique. Afin d'enrichir son analyse, Entrées libres s'est basé sur les travaux du Service d'étude du SeGEC, élaborés à partir d'un rapport de l'ULiège.
Difficile d’y voir clair entre les réactions politiques divergentes, à tout le moins dont l’angle de vue est différent. D’un côté, la ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny, qui déclare que « nous ne pouvons pas nous satisfaire d’être les moins mauvais » et appelle « à relever le niveau d’exigence ». De l’autre, la ministre-présidente, Elisabeth Degryse : « …dans un paysage global peu réjouissant, le système éducatif de la FWB se montre plutôt résilient… ». Du côté de l’opposition, nous ne sommes pas en reste. « Nous ne pouvons évidemment pas nous satisfaire de ces résultats PISA. On voit néanmoins que les réformes engagées par les gouvernements précédents commencent à produire leurs effets grâce à l'investissement des équipes éducatives », souligne Martin Casier, député PS.
Mis en place par l'OCDE en 2000, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) évalue les compétences que les jeunes de 15 ans ont développées pour participer à la vie de la société en tant que futurs citoyens. Au-delà de la maîtrise de connaissances scolaires, l'enquête mesure la capacité des élèves à mobiliser leurs acquis dans des situations concrètes.
Davantage d’élèves « à l’heure »
En 2025, le domaine principal évalué était les sciences, les domaines secondaires étant la lecture et les mathématiques.
Le premier élément à souligner est que les jeunes sont donc évalués à un âge donné et non dans une année scolaire déterminée. Une première différence existe donc entre les jeunes dits « à l’heure » et ceux affichant un retard, conséquence, par exemple, d’un redoublement. Ces derniers peuvent dès lors être évalués sur des aspects qu’ils n’ont pas encore abordés à l’école.
À cet égard, un point positif concerne la légère baisse du taux de retard scolaire depuis 2015. Cela se traduit par une progression du nombre d’élèves « à l’heure » sans impact négatif significatif sur leurs résultats. Néanmoins, le retard de la FWB en la matière reste important à l’échelle de l’OCDE puisque seuls 60 % des élèves sont « à l’heure » dans leur parcours.
Des performances en baisse à l’échelle internationale
L’enseignement principal des résultats 2025 est une baisse généralisée des performances. Ils figurent parmi les plus faibles depuis le lancement de PISA. En sciences, on assiste plutôt à une érosion. En ce qui concerne les mathématiques et la lecture, on peut parler d’une chute.
En FWB, les indicateurs sont en dents de scie. En sciences, la FWB est extrêmement stable depuis plus de vingt ans, avec une légère progression par rapport à 2022 (482 points contre 479 en 2022). Cette légère progression contraste avec la majorité des pays qui connaissent un recul significatif si bien que la FWB est désormais proche de la moyenne OCDE.
En mathématiques, si la FWB, avec 467 points, se situe légèrement au-dessus de la moyenne OCDE (463 points), les résultats sont pourtant en baisse de 28 points entre 2018 et 2025 ; soit la baisse la plus importante dans les trois domaines évalués. Éclaircie dans la grisaille, la FWB demeure parmi les systèmes éducatifs dont les résultats ont le moins diminué depuis l’exercice précédent.
Enfin, en lecture, là aussi, la FWB est légèrement au-dessus de la moyenne de l'OCDE, avec 466 points contre 461. Cependant, le constat est sans appel : les performances sont en recul depuis plusieurs cycles. Si la position relative de la FWB s'est améliorée depuis 2000 par rapport à la moyenne internationale, cette évolution s'explique davantage par la dégradation des résultats dans de nombreux pays que par une progression des performances en Fédération Wallonie-Bruxelles. La situation est particulièrement marquée en Communauté flamande, où les résultats ont chuté de 68 points depuis 2000, contre 12 points en FWB.
En lien avec la lecture, une statistique émanant du rapport d’analyse peut sans doute constituer un élément corrélationnel au niveau de la FWB. 22% des élèves déclarent parler principalement une autre langue que le français à la maison, contre 15% en moyenne dans les pays de l’OCDE par rapport à la langue de scolarisation. Nous reviendrons dans les prochains numéros d’Entrées libres sur les projets en la matière menés au SeGEC, notamment par la Direction de l’enseignement fondamental.
Comparaison n’est pas raison
Globalement, la Communauté flamande demeure plus performante que la Fédération Wallonie-Bruxelles dans les trois domaines évalués. Ses résultats poursuivent toutefois leur recul et les baisses observées en lecture et en mathématiques figurent parmi les plus importantes enregistrées parmi les systèmes éducatifs de comparaison (Royaume-Uni, Flandre, Allemagne, Pays-Bas, France, Luxembourg et Communauté germanophone).
« La FWB, bien que globalement en baisse, résiste mieux que beaucoup d'autres pays de l'OCDE. »
Amélioration de l’équité
Au rayon des bonnes nouvelles, soulignons l’amélioration inédite de l’équité. Les écarts liés à l’origine migratoire ont été réduits de moitié tandis que les écarts socioéconomiques ont été réduits d’un quart. Quant à l’écart de genre en sciences, il est quasi inexistant. Ces bons résultats sont principalement dus aux progrès des élèves les plus vulnérables. Malheureusement, si ces écarts sociodémographiques diminuent, il n’en va pas de même pour les écarts liés au parcours scolaire.
De même, le climat scolaire demeure le talon d’Achille en FWB avec la motivation et la persévérance des élèves en baisse, de même que leur ressenti du soutien reçu des enseignants et l’implication des familles.
En conclusion, est-ce que tout va bien dans le meilleur des mondes ? La réponse est indiscutablement non. À l’inverse, est-ce que le niveau est alarmant et court-on vers la catastrophe ? Non plus.
Bien que les élèves testés en 2025 n'aient pas encore été formés selon les nouveaux référentiels du tronc commun dans le secondaire, le début de leur parcours a été marqué par le Pacte pour un enseignement d'excellence dont la FWB récolte donc les premiers fruits. Les prochaines enquêtes seront dès lors très instructives à cet égard. Une preuve supplémentaire que le temps de l’école est différent du temps politique.
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